Le skieur sénégalais Lamine Gueye, privé des Jeux de Salt Lake City par les règlements olympiques, a adressé hier une lettre ouverte de la dernière chance au président du CIO, Jacques Rogge. «Le 5 décembre 2001, j’ai envoyé une lettre ouverte au président Jacques Rogge dénonçant les désastreux critères de sélection pour les “petits pays” comme le Sénégal pour les Jeux olympiques d’hiver de Salt Lake City», explique Gueye. «Je lui demandais alors de lever les critères de qualification et de laisser participer tous les “petits pays” à ces Jeux olympiques», résume le skieur africain le plus connu du circuit. «Personnellement, j’ai essayé de me qualifier pour ces jeux. Mais en descente, je me suis retrouvé comme quelqu’un qui cherche à passer un examen et qui ne trouve pas de salle d’examen puisque toutes les descentes FIS prévues en Europe et qualificatives pour ces jeux ont été annulées». Gueye, qui est aussi président de la Fédération sénégalaise de ski, a reçu une réponse à sa lettre le 31 décembre. «Cette réponse disait : “Les Jeux olympiques d’hiver sont une manifestation quelque peu particulière, étant donné que – pour des raisons tout simplement climatiques et géographiques – ils ne conviennent pas à certains pays du monde, que ce soit au niveau de l’organisation ou de la participation”». «À mes yeux, cette réponse, en totale contradiction avec la Charte olympique, les droits de l’homme, mais aussi avec la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, est proprement inacceptable». Rentabilité D’où la seconde lettre du skieur, non qualifié comme trois autres athlètes sénégalais - un skieur alpin, un fondeur et une surfeuse - pour les Jeux de Salt Lake City, et qui s’insurge : «L’invraisemblable immunité dont vous jouissez et la gigantesque puissance financière du CIO ne vous autorisent pas pour autant à soutenir par vos propos et à valider par vos règlements une telle discrimination», écrit-il. «Jusqu’aux Jeux olympiques de 1992 inclus, chaque pays pouvait présenter quatre athlètes par discipline en ski alpin, et nous pouvions nous croire égaux. Ce furent les derniers vrais Jeux olympiques d’hiver». «Aujourd’hui, les nations les plus riches et les plus puissantes alignent quatre athlètes au départ de cinq courses en ski alpin masculin, soit 20 concurrents, alors que les petits pays n’ont le droit de présenter qu’un seul voire zéro, concurrent. Aujourd’hui, les hommes ne sont plus égaux devant l’olympisme», ajoute-t-il. Chiffres à l’appui, Lamine Gueye dénonce : «Exprimée en pourcentage, la participation des pays de la planète aux Jeux d’hiver n’a augmenté que de 1,68 % depuis dix ans, soit 0,42 % par jeux. Durant la même période, le budget et les bénéfices des jeux ont explosé, augmentant de plus de 200 %». «À l’analyse de ces chiffres, je vous suggère de remplacer dans la Charte olympique le mot “universalité” par “rentabilité”, et l’expression hautement symbolique “d’athlètes du monde entier” par celle “d’athlètes occidentaux”». En conclusion, Lamine Gueye, participant aux J0 de 1984, de 1992 et 1994, soumet ses interrogations à Jacques Rogge : «Moi, le skieur sénégalais et africain que je suis et pour lequel, parce qu’il est né au sud du Sahara, les Jeux olympiques ne conviennent pas, s’interroge naïvement sur la légitimité d’une institution qui a fait disparaître l’idéal olympique». Dans son combat «pour un idéal», Lamine Gueye est appuyé par le président du Sénégal, Abdoulaye Wade, qui a lui aussi envoyé hier une lettre à Jacques Rogge.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le skieur sénégalais Lamine Gueye, privé des Jeux de Salt Lake City par les règlements olympiques, a adressé hier une lettre ouverte de la dernière chance au président du CIO, Jacques Rogge. «Le 5 décembre 2001, j’ai envoyé une lettre ouverte au président Jacques Rogge dénonçant les désastreux critères de sélection pour les “petits pays” comme le Sénégal pour les Jeux olympiques d’hiver de Salt Lake City», explique Gueye. «Je lui demandais alors de lever les critères de qualification et de laisser participer tous les “petits pays” à ces Jeux olympiques», résume le skieur africain le plus connu du circuit. «Personnellement, j’ai essayé de me qualifier pour ces jeux. Mais en descente, je me suis retrouvé comme quelqu’un qui cherche à passer un examen et qui ne trouve pas de salle d’examen...