La monnaie unique européenne s’est refait une santé en ce début de semaine dans des marchés des changes internationaux favorisant l’euro aux dépens du billet vert, affecté par le repli de Wall Street sur fond de nouvelles révélations sur le courtier en énergie Enron et sur Tyco. Les Bourses américaines ont pâti du refus de l’ancien président et directeur exécutif d’Enron, Kenneth Lay, de témoigner devant le Congrès dans le cadre de l’enquête sur la faillite d’Enron. De son côté, le conglomérat industriel américain Tyco a annoncé qu’il avait dépensé 8 milliards de dollars en trois ans pour réaliser des acquisitions qui n’ont jamais été annoncées, selon des informations rapportées par le Wall Street Journal. Toutes ces révélations ont pesé sur la cote américaine et, par ricochet, sur le dollar, car les investisseurs se posent des questions sur la fiabilité des méthodes comptables aux États-Unis, lorsque les entreprises publient leurs résultats. Cela a contribué à aider l’euro, qui a repris du poil de la bête face au billet vert. L’euro a été également encouragé par la publication hier de l’indice de confiance économique dans la zone euro qui est ressorti en hausse le mois dernier par rapport à décembre pour s’établir à 99,0 points contre 98,9 points, soit sa seconde augmentation mensuelle. Cela d’autant que cette amélioration a été attribuée à la hausse de la confiance des industriels de 0,3 point en pourcentage dans la zone euro, selon l’Office européen de statistiques (Eurostat), notamment en Allemagne, en Italie, en France et en Irlande, ainsi que dans les secteurs de la construction et du commerce de détail. Ce développement a suggéré aux économistes que le pire du ralentissement conjoncturel dans la zone euro est derrière eux. Dans ces conditions, il n’est guère étonnant que le dollar renoue avec la baisse même face au yen, les opérateurs ayant négligé les sondages réalisés ce week-end au Japon indiquant que la popularité du Premier ministre japonais Junichiro Koizumi a chuté à 49 % contre 72 % un mois plus tôt, après le limogeage du ministre des Affaires étrangères Makiko Tanaka. Il s’est négocié, en effet, à New York, sur un ton faible comme suit : – 0,8700 pour un euro contre 0,8615, vendredi dernier – 1,4220 pour un sterling contre 1,4170 – 1,6980 FS contre 1,7155 – 132,30 yens contre 133,10 – 1,5950 dollar canadien contre 1,5905. Wall Street affectée par les scandales de grandes sociétés Sur les places boursières internationales, les marchés américains des valeurs mobilières ont accentué leurs pertes hier, après de nouvelles révélations sur Enron et Tyco. Dans l’affaire Enron, victime d’une faillite spectaculaire, un comité d’enquête spécial du conseil d’administration a conclu dans un rapport que le groupe a sombré dans la banqueroute à cause de graves négligences de la part de la direction et de l’enrichissement illicite de certains cadres. Le document de 217 pages, déposé pendant le week-end devant un tribunal fédéral de New York, démontre qu’une poignée de dirigeants ont masqué près d’un milliard de dollars de pertes de septembre 2000 à septembre 2001, et empoché des millions de dollars au cours du processus. Nouveau rebondissement pour le groupe diversifié Tyco, qui a maintenu également son emprise sur la cote. Le Wall Street Journal, qui a révélé la dépense par le groupe de 8 milliards de dollars en trois ans pour réaliser des acquisitions qui n’ont jamais été annoncées, a ajouté que celui-ci a annoncé récemment une restructuration à la suite d’interrogations d’investisseurs rendus méfiants par le scandale d’Enron, dont la faillite a mis en lumière l’opacité de ses comptes. Il en est de même de l’annonce par une autre société qui s’est mise en faillite la semaine dernière, Global Crossing, qu’elle a reçu une demande d’informations de la SEC (la Securities and Exchange Commission), sur la base d’une lettre d’un ancien responsable du groupe qui parle aussi d’irrégularités dans les comptes de la société. Eu égard à toutes ces considérations, les investisseurs professionnels ont estimé hier devoir prendre leurs gains, d’autant que la cote américaine a tellement monté depuis septembre dernier et que les cours ne sont plus bon marché d’après eux. En effet, l’indice composite Nasdaq a brisé à la baisse le seuil des 1 900 points (à 1 856,00 points pendant que l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles fluctuait entre un plus haut à 9 905,46 points et un plus bas à 9 706,75 points, avant d’afficher en préclôture, à 23h heure de Beyrouth, 9 715,53 points, en baisse de 191,73 points sur vendredi dernier. Les Bourses européennes tirées à la baisse par les télécoms Les marchés européens ont terminé la séance de lundi en repli, tirés à la baisse par la faiblesse des valeurs des télécommunications et des grandes banques espagnoles, ainsi que par la morosité de Wall Street. Dans ce contexte, les quelques hausses n’ont concerné que des valeurs défensives des services publics et des pharmaceutiques, les investisseurs semblant plus sceptiques que jamais quant aux perspectives d’une reprise économique rapide et soutenue. L’indice Eurotop 300 a abandonné 1,21 % à 1 255,91 tandis que l’Euro Stoxx 50 a reculé de 1,72 % à 3 619,23. Paris a perdu 1,3 % à 4 397,54, Londres 0,43 % à 5 167,3 et Francfort 2,21 % à 4 984,48. Les télécommunications, déjà particulièrement malmenées depuis le début de l’année, voient leur indice sectoriel reculer de 3,18 % à 298,07. Parmi les grands perdants de la journée figurent également les deux principales banques espagnoles, particulièrement exposées à l’Argentine. Santander Central Hispano et Banco Bilbao Vizcaya Argentaria ont perdu respectivement 2,25 % et 3,69 %. Tokyo : au plus bas depuis 17 ans L’indice Nikkei de la Bourse de Tokyo a atteint lundi son plus bas depuis dix-sept ans en clôturant en baisse de 159,50 points (-1,6 %), à 9 631,93, en raison d’inquiétudes sur la mise en œuvre des réformes du gouvernement et sur les résultats du secteur des technologies de l’information, ont indiqué des courtiers. Le volume des échanges s’est élevé à 647 millions d’actions. 879 titre étaient en baisse, 429 en hausse et 166 inchangés. «Le soutien de l’opinion au Premier ministre Junichiro Koizumi est tombé», a commenté Hiroichi Nishi, de chez Nikko Cordial Securities. «Cela a inquiété les investisseurs quant à la capacité du Premier ministre à continuer ses initiatives réformatrices», a-t-il ajouté. Un sondage réalisé fin janvier et publié par le quotidien Asahi fait état d’une baisse du soutien de l’opinion au gouvernement Koizumi de 72 % à 49 %. Cette baisse a été déclenchée par le limogeage, la semaine dernière, de la populaire ministre des Affaires étrangères Maikiko Tanaka et son remplacement par la ministre de l’Environnement Yukiko Kawaguchi, interprété par les commentateurs comme une rupture dans la logique réformiste de M. Koizumi. «Nous pensons que Koizumi s’est sauvé lui-même en limogeant sa ministre des Affaires étrangères, mais ce faisant, il a mis pour l’essentiel ses réformes en veilleuse pour rejoindre les législateurs conservateurs», a commenté Shigenori Okazaki, de chez UBS Warburg. «M. Koizumi avait mis l’accent, en présentant sa politique au Parlement, sur l’accélération des réformes politiques», mais il a échoué à convaincre, selon M. Okazaki. Par ailleurs, selon Hideyuki Suzuki de chez Nichiei Securities, «en raison du brouillard qui entoure les perspectives de solution du problème des mauvaises créances et de celui des réformes structurelles, les fonds spéculatifs américains renforcent la pression à la vente sur le marché japonais». «Les investisseurs institutionnels japonais, pour la même raison, semblent abaisser le niveau des chasses aux bonnes affaires, tandis qu’ils avaient contribué activement à soutenir le marché lorsque le Nikkei était passé en dessous des 10 000 points», a-t-il ajouté. Selon les courtiers, la Bourse devrait rester sous pression pour le moment, le Nikkei risquant de tomber jusqu’à 9 000 points cette semaine en raison de préoccupations persistantes sur les réformes structurelles de l’économie, du dénouement de participations croisées et d’inquiétudes liées aux valeurs de haute-technologie.
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