Pour combler son déficit budgétaire et financer un programme de lutte contre un chômage très élevé, la Jordanie table sur un rééchelonnement de sa dette extérieure de près de 7 milliards de dollars et une aide étrangère supplémentaire, selon des experts. Amman est obligé de consacrer 770 millions de dollars, soit 25 % de son budget de 2002, au remboursement de sa dette extérieure et au paiement des intérêts, «ce qui représente un grand obstacle au développement», a indiqué le professeur d’économie Mounir Hamarneh. «Le rééchelonnement ou de nouvelles conversions (de dettes) réduiront cet impact, au moins à court terme», explique-t-il. Les pays industrialisés membres du Club de Paris constituent les principaux créanciers du royaume, dont la dette a légèrement baissé fin novembre pour atteindre 6,9 milliards de dollars. Les États-Unis ne figurent plus parmi ces principaux créanciers, Washington ayant annulé la plus grande partie de la dette d’Amman, un de ses principaux alliés arabes, après la signature du traité de paix jordano-israélien en 1994. L’aide civile américaine s’élève à 175 millions de dollars par an et la dette à 355 millions de dollars. «Amman table toutefois sur une intervention efficace de Washington auprès des autres membres du Club de Paris pour alléger sa dette, une mesure jugée plus que jamais nécessaire avec le lancement du programme de lutte contre le chômage», souligne l’économiste Fahd Fanek. «En rencontrant vendredi le roi Abdallah II, le président américain George Bush a fait preuve de compréhension envers les besoins économiques de la Jordanie. Nous souhaitons que ceci se traduise prochainement dans les actes», a indiqué à la presse le ministre des Affaires étrangères Marwan Moasher. Pour convaincre le Club de Paris, Amman a récemment accepté de lancer sous l’égide du Fonds monétaire international (FMI) un nouveau programme de réformes, le programme en cours (1999-2002) devant s’achever en avril. Des négociations techniques sont prévues prochainement. Le directeur adjoint du FMI pour le Moyen-Orient, David Burton, a estimé en novembre qu’un nouveau de plan du FMI pour la Jordanie lui fournirait un «filet de sécurité» et l’aiderait à rééchelonner sa dette extérieure. Après la visite aux États-Unis du monarque, son ministre des Finances Michel Marto se rendra la semaine prochaine à Paris pour sonder les possibilités d’un nouvel allègement de la dette, selon un responsable jordanien. Le Club de Paris a déjà accordé en mai 1999 des allègements portant sur plus de 800 millions de dollars de la dette extérieure de la Jordanie. Depuis cette date, la France a converti 63,5 millions de dollars de la dette jordanienne envers elle (564 millions de dollars) en investissements et en a rééchelonné 15 %, tandis que la Grande-Bretagne a décidé de convertir en investissements 131 millions de dollars de la dette (500 millions de dollars). L’Allemagne et l’Espagne ont pris des mesures similaires d’une ampleur moindre. Le Japon, qui reste le premier créancier de la Jordanie avec 1,8 milliard de dollars, n’a pas annoncé d’allègements, mais s’est engagé en 1999 à accorder à la Jordanie une aide de 400 millions de dollars sur trois ans en vue de financer des projets d’infrastructure. Parallèlement, Amman a multiplié les contacts avec les pays donateurs afin d’obtenir «une aide supplémentaire» pour lancer l’an courant un programme spécial de lutte contre le chômage, qui touche 25 % de la population active, selon des estimations indépendantes. Une partie des financements de ce programme de 385 millions de dollars, qui n’a pas été comptabilisé dans le budget, sera assurée grâce aux recettes des privatisations (140 millions de dollars), selon le ministre des Finances. L’aide supplémentaire servira également à combler le déficit budgétaire, l’aide étrangère annuelle étant estimée à 331 millions de dollars, alors que le déficit s’élève à 610 millions de dollars, a-t-il dit. Le Premier ministre Ali Abou Ragheb devrait annoncer prochainement des dons promis à la Jordanie par des monarchies du Golfe et par l’Occident.
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