Juchés sur un relief rocailleux, une cinquantaine de membres d’une tribu tirent à la kalachnikov, au son de tambours, vers la vallée verdoyante en contrebas. La cérémonie de mariage peut commencer. La scène, qui se déroule au deuxième jour des célébrations des noces de cinq couples, met en évidence la place des armes dans la vie quotidienne au Yémen, qui compte plus de 50 millions de pièces d’armes pour 20 millions d’habitants. Perpétuant une ancienne tradition, les hommes invités au mariage se rassemblent sur le plateau dominant le majestueux palais de Dar al-Hajar, niché au milieu de vergers d’abricots, de raisins et de qat, pour danser et tirer des coups de feu. «Je viens célébrer le mariage de mon neveu», dit Abdou, récemment rentré de New York où il travaillait dans l’épicerie de son père. Resplendissant dans une «dishdashah» (longue robe) blanche sous une trop grande veste en chamois et couronne d’œillets sur la tête, le nouveau marié, qui a enterré sa vie de garçon à 16 ans, danse en maniant nerveusement un long sabre. Taxis délabrés Regroupés en cercle, agitant leurs traditionnels «jambiyas» ou poignards recourbés au-dessus de la tête, les invités se balancent dans un mouvement rythmé autour du marié. Le battement de tambours n’est interrompu que par le crépitement de balles ou l’arrivée bruyante de convois de taxis délabrés et de jeeps de fabrication japonaises qui déversent d’autres invités sur la colline, située à 15 kilomètres au nord-ouest de la capitale Sanaa. «Personnellement, je n’aime pas les armes. Ce sont les tribus qui viennent d’en dehors de Sanaa qui transforment la célébration en bataille», assure Abdou, se tenant un peu à l’écart pour se protéger des douilles qui pleuvent. Abdou était à New York quand les avions détournés ont percuté les tours du World Trade Center, et comme d’autres Yéménites présents à Wadi Dhahar, il s’empresse de se dissocier des attentats. «Ce qui s’est passé le 11 septembre est incompréhensible. Notre président (Ali Abdallah Saleh) est promptement allé aux États-Unis pour exprimer le soutien du Yémen à la campagne antiterroriste», souligne-t-il. «Les Yéménites veulent vivre en sécurité. Nous ne voulons pas voir les États-Unis frapper le Yémen», dit Abdou, en faisant allusion aux informations de presse citant son pays comme une possible cible de la guerre antiterroriste. Pour le cousin d’Abdou, Ahmed, des étrangers résidant au Yémen constituent la principale menace à la sécurité du pays. «Le gouvernement a bien fait de ne plus octroyer de visa à n’importe quel étranger qui se pointe à l’aéroport», estime-t-il. Sous la pression de Washington, le Yémen mène depuis plusieurs semaines une campagne contre les membres présumés du réseau el-Qaëda d’Oussama Ben Laden. Des écoles coraniques ont été fermées et des étudiants étrangers doivent être expulsés, mais la traque des extrémistes se heurte à l’opposition des tribus armées qui exercent un pouvoir parallèle dans certaines régions. Ainsi, 24 soldats ont été tués par des membres de tribus, soupçonnés de donner refuge à des membres présumés d’el-Qaëda dans un village proche de Sanaa, lors d’une opération policière qui s’est soldée par un échec à la mi-décembre. L’émissaire américain William Burns a salué les efforts du Yémen en matière de lutte contre le terrorisme, au terme d’une brève visite dans ce pays, dans le cadre d’une tournée régionale. «La direction yéménite et son peuple font face à des défis très difficiles, et c’est dans leur intérêt de les surmonter», a-t-il affirmé.
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