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Témoignages de membres d’el-Qaëda dans la prison forteresse du Panchir

Dans une prison forteresse perdue au milieu des montagnes escarpées du Panchir, fief réputé imprenable, croupissent depuis des années 46 détenus dont des membres du réseau el-Qaëda, qui avaient pour mission d’assassiner le commandant Massoud, des combattants pakistanais et un chef de guerre allié des talibans. Alla Hussein Mirza, 23 ans, est l’un des cinq prisonniers aux pieds entravés par de lourdes chaînes : cet ancien chef d’une cellule d’el-Qaëda, chargé par Oussama Ben Laden d’assassiner le célèbre commandant Massoud, est un expert en arts martiaux. À plusieurs reprises déjà, il a tenté de s’évader de la prison de Bazarak (200 km au nord de Kaboul) après avoir assommé quelques gardiens. «À Mazar-i-Sharif (nord) où je suis arrivé en 1998, avec le bandeau noir ceint sur le front, raconte Alla, les combattants d’el-Qaëda étaient très respectés par les talibans». Alla a travaillé dans un premier temps pour le chef des renseignements d’el-Qaëda à Mazar-i-Sharif, un ressortissant irakien dénommé Abdullah. Deux mois plus tard, une mission lui a été confiée. Se faisant passer pour un futur employé de l’Onu, il a rencontré en traversant de part en part l’Afghanistan trois des principaux chefs de l’Alliance du Nord, Yunus Qanooni, l’actuel ministre de l’Intérieur du gouvernement intérimaire, Mohammed Qassim Fahim, le ministre de la Défense, et l’ancien président Burhanuddin Rabbani. Trois dirigeants qui devaient le mener au commandant Massoud, le chef charismatique de l’Alliance du Nord, assassiné le 9 septembre 2001. Mais il est démasqué avec ses complices irakiens par les services de sécurité du «lion du Panchir» qu’il voulait éliminer. L’ancien soldat irakien de la guerre du Golfe est amer. «J’ai récemment rêvé, dit-il, que je me noyais et Oussama (Ben Laden) sur la rive refusait de me tendre sa kalachnikov, tout en la brandissant les deux bras levés vers le ciel en signe de victoire». De cette prison aux épais murs en pisé «personne ne s’est jamais évadé vivant, soutient le directeur, Sami, car le Panchir est une geôle encore plus redoutable avec ses montagnes infranchissables». Sur le toit du bâtiment sont postés des gardes. Salahudeen Khadid, 27 ans, circule librement dans la prison. Formé dans une école religieuse de Quetta (ouest du Pakistan), cet apparent intellectuel athlétique et paisible est arrivé en Afghanistan en 1996 par «solidarité pour ses camarades de classe afghans». «Je voulais un pays unifié et islamiste», affirme-t-il. Deux mois plus tard, il est fait prisonnier dans une des premières offensives des talibans contre le Panchir. «Nous sommes tombés dans une embuscade et, pendant cinq heures, j’ai tenu en respect les moujahidine de Massoud avec une mitrailleuse couvrant la fuite de mes camarades». Selon lui, l’échec des talibans s’explique par la «mauvaise qualité des Afghans qui les ont rejoints». Islamiste convaincu, il ne regrette rien et se déclare prêt à reprendre «le combat au nom d’Allah», comme il est «disposé à lutter contre les Français qui entravent la venue de la démocratie en Algérie». Dans la cour en terre gelée de la prison, trois Birmans, un Yéménite et dix-sept Pakistanais coupent du bois ou s’affairent à des travaux domestiques. Abbul Jalil, l’un des deux prisonniers originaires du nord-ouest de la Chine, a également été formé dans une école religieuse du Pakistan. «Dès que je sortirai d’ici, je prendrai les armes contre le gouvernement de Pékin», lance-t-il en anglais avec bravade. Le cheikh Malang Qara Bagh, de très longs cheveux dans le dos et portant une imposante barbe noire, est un chef de guerre allié des talibans dans la région de Shomali (nord de Kaboul). Constatant que les talibans étaient en difficulté, il proposa sa défection, moyennant une extension de son territoire à l’ancienne base aérienne soviétique de Bagram. Dès la première négociation, il fut capturé. À la vue du correspondant de l’AFP, le cheikh, réputé pour sa cruauté contre les civils, se plonge dans la lecture du Coran. Tout à coup une détonation résonne dans la vallée. L’un des 34 militaires postés au sommet de la montagne couverte de neige met simplement en garde un prisonnier qui fait ses ablutions dans la rivière gelée au pied de la prison. Le détenu s’est un peu éloigné du périmètre autorisé.
Dans une prison forteresse perdue au milieu des montagnes escarpées du Panchir, fief réputé imprenable, croupissent depuis des années 46 détenus dont des membres du réseau el-Qaëda, qui avaient pour mission d’assassiner le commandant Massoud, des combattants pakistanais et un chef de guerre allié des talibans. Alla Hussein Mirza, 23 ans, est l’un des cinq prisonniers aux pieds entravés par de lourdes chaînes : cet ancien chef d’une cellule d’el-Qaëda, chargé par Oussama Ben Laden d’assassiner le célèbre commandant Massoud, est un expert en arts martiaux. À plusieurs reprises déjà, il a tenté de s’évader de la prison de Bazarak (200 km au nord de Kaboul) après avoir assommé quelques gardiens. «À Mazar-i-Sharif (nord) où je suis arrivé en 1998, avec le bandeau noir ceint sur le front, raconte Alla, les...