Les trafiquants d’opium afghans déménagent leurs stocks par peur de devenir les prochaines cibles des opérations militaires américaines, selon des experts rencontrés à Turbat, dans le Baloutchistan pakistanais, où a été effectuée il y a quelques jours l’une des plus importantes prises au monde. «Après l’actuelle guerre contre le terrorisme, la guerre contre la drogue pourrait bien devenir une priorité des nouvelles autorités afghanes comme de Washington. Et les Nations unies entendent bien y être associées», déclare Bernard Frahi, directeur pour l’Afghanistan et le Pakistan du Programme des Nations unies pour le contrôle international des drogues (Pnucid). Comme s’ils s’en doutaient, les trafiquants afghans font donc convoyer depuis quelques jours leurs réserves vers l’Iran et la Turquie, plus près des marchés européens et loin de la menace américaine. Selon les statistiques, seules 10 % des quantités convoyées sont saisies par les forces de l’ordre. Le général Zafar Abbas, directeur général de la «Force antinarcotique» pakistanaise (ANF), déplore qu’aucun bombardement américain n’ait pris pour cible les laboratoires de transformation de l’opium de la région de Chotto, au sud de l’Afghanistan, près du Pakistan. Il constate aussi que la plantation du pavot a redémarré ces derniers mois en Afghanistan, à la faveur des raids américains fatals aux talibans, qui avaient totalement interdit cette culture et avaient réussi à l’éradiquer il y a un an. Mais si les talibans ont joué le jeu et si leur chef suprême a pris un décret interdisant cette culture à la suite d’un «travail au corps constant» du Pnucid, ils ne se sont jamais attaqués au trafic proprement dit. «Il reste à régler le problème des laboratoires de transformation de l’opium, des stocks et du réseau», ajoute Bernard Frahi qui, sous la tutelle du représentant spécial des Nations unies en Afghanistan, Lakhdar Brahimi, tente d’obtenir des nouvelles autorités afghanes des mesures fortes contre le trafic de drogue. «La guerre de l’héroïne doit se gagner en Afghanistan, pas seulement au Pakistan ou en Turquie qui ne sont que les points de transit», estime M. Frahi, qui doit une nouvelle fois rencontrer les plus hautes autorités de Kaboul cette semaine. L’un de ces gros transferts a été intercepté lundi par la force antidrogue pakistanaise dans le sud-ouest du Pakistan, proche de la frontière iranienne. 630 kilogrammes d’héroïne et 250 kilogrammes de morphine, représentant une valeur de plus de 500 millions de dollars sur les marchés européens, ont été saisis, alors que les contrebandiers, armés, n’ont pas hésité à tirer sur les membres de l’ANF qui leur avaient tendu une embuscade. «Nous avons saisi sur d’autres convois des missiles Sam destinés à abattre nos hélicoptères», déclare le général Zafar. Dans la cour du commissariat de Turbat, le commandant Azhar Arif, qui a dirigé l’embuscade, montre les sacs de drogue, les armes, 12 chameaux, mais aussi quatre prisonniers enchaînés. Un contrebandier a été tué, un autre est hospitalisé, six ont réussi à s’enfuir. «Ce sont des Balouches iraniens», dit le commandant qui travaille essentiellement sur renseignement. «Pour une aide minimale de quelques millions de dollars aux programmes de lutte et de répression, nous venons de saisir pour plus de 500 millions de dollars de marchandise. Cela vaut le coup de continuer», se félicite M. Frahi. «Aujourd’hui, c’est le Pakistan, très bientôt, ce sera l’Afghanistan qui sera libéré de toute drogue», ajoute, optimiste, le général Abbas. L’Afghanistan, dont la production est passée de 3 300 tonnes en 2000 à 184 tonnes en 2001 grâce au décret des talibans, restait encore l’an dernier le deuxième producteur mondial.
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