Le cinéaste Henri Verneuil est décédé vendredi dans une clinique parisienne à l’âge de 81 ans. L’histoire du petit réfugié arménien qui débarquait à 4 ans, par un froid matin de décembre, sur le quai de la Joliette à Marseille, est l’histoire d’une «success story» digne du cinéma populaire dont il a été l’un des grand noms. Le réalisateur de Mélodie en sous-sol et Le Clan des Siciliens, né Achod Malakian, le 15 octobre 1920 à Rodosto, en Turquie, se rappelait avec émotion le long chemin parcouru en abordant, en décembre 2000, un autre quai : le 23 Quai Conti, siège de l’Institut de France, à Paris, où il était admis comme membre de l’Académie des beaux-arts. Henri Verneuil, qui a dirigé les plus grandes stars et enchaîné les succès populaires avec Jean Gabin, Fernandel, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Yves Montand, est, comme Charles Aznavour, un symbole d’intégration réussie. «Une intégration à la française, car je garde intacts tous les éléments de ma première culture et la deuxième devient un enrichissement. Arménien je reste et plus français que moi tu meurs», disait-il dans un entretien à l’AFP. Pour faire plaisir à son père, Achod Malakian est d’abord devenu ingénieur des arts et métiers. «Mais je n’avais aucun don pour ça, j’étais mauvais en maths». Il se tourne alors vers le journalisme avant de se lancer dans le cinéma à la fin des années 40 pour renouer avec la tradition du «conteur oriental». Il adapte Georges Simenon, Joseph Kessel, James Hadley Chase, Antoine Blondin, Auguste Le Breton, Robert Merle, travaille avec les plus grands scénaristes, Michel Audiard, Henri Jeanson, «mais aucun, disait-il, n’arrivait à la cheville de mon père. J’ai hérité de lui cette envie de raconter des histoires». Son premier contrat, il le signe le 20 novembre 1950 avec Fernandel pour La Table aux crevés, adapté du roman de Marcel Aymé. Fernandel deviendra alors son acteur fétiche et, ensemble, pour La Vache et le prisonnier, ils connaissent un triomphe. Souvenirs d’enfance Fidèle à ses comédiens, il tourne cinq films avec Françoise Arnoul, cinq films avec Gabin (Un Singe en hiver, Mélodie en sous-sol), six avec Belmondo (100 000 dollars au soleil, Week-end à Zuydcoote, Peur sur la ville), trois avec Alain Delon (Le Clan des Siciliens) et deux avec Anthony Quinn (La 25e heure, La Bataille de San Sebastian). Vers la fin des années 70, son étoile pâlit. Henri Verneuil s’éloigne du cinéma avant de revenir dans un registre beaucoup plus personnel avec ses souvenirs d’enfance dans ses deux derniers films Mayrig (Maman), avec Claudia Cardinale et Omar Sharif, et 588, rue Paradis. Mayrig est à l’origine un livre, écrit après la mort de sa mère et traduit en 37 langues. Le cinéaste a eu sa période hollywoodienne et on a dit de lui qu’il était «le plus américain» des cinéastes français. Lui-même s’élevait contre «le consensus du bâillement» et rendait hommage au cinéma américain «qui travaille sur mesure, écrit et joue pour six milliards de lecteurs et de spectateurs». «Le cinéma sera populaire ou ne sera pas!», s’exclamait-il. Henri Verneuil a souvent été la cible de la critique, «surtout quand les films marchaient très bien», disait-il. Il en était blessé même si son succès au box-office était «le meilleur médicament». À la télévision, ses films, régulièrement rediffusés, restent une valeur sûre. En 1996, un César d’honneur vient couronner une carrière bien remplie de 33 films puis il rejoint à l’Académie des beaux-arts les cinéastes Gérard Oury, Pierre Schoendoerffer et Roman Polanski. Henri Verneuil n’a jamais oublié ses origines. Il parlait arménien et chantait même la messe en arménien littéraire. Mais il n’est jamais revenu en Turquie, «le pays qui a massacré 1,5 million d’Arméniens», dont une grande partie de sa famille. Évoquant son parcours, sans nostalgie, en décembre 2000, Henri Verneuil s’exclamait : «J’ai eu une vie sublime. Quelle belle aventure !».
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