Le net durcissement des États-Unis vis-à-vis de Yasser Arafat dans l’affaire du cargo chargé d’armes arraisonné par Israël a offert une victoire de taille au gouvernement israélien et aggravé encore la position déjà fragile du président palestinien, relèvent les analystes. Tout en se disant convaincu que l’Autorité palestinienne était mêlée à ce trafic d’armes, l’Administration américaine a toutefois évité, pour l’instant, de mettre en cause directement et personnellement M. Arafat, dans le but, selon les analystes, de préserver les minces chances d’un accord de cessez-le-feu avec Israël. Le gouvernement israélien n’avait pas caché sa déception il y a quelques jours devant l’attitude des États-Unis, qui avaient réagi avec une extrême prudence face à la version israélienne dans l’affaire du Karine A, un cargo arraisonné par des commandos israéliens le 3 janvier dans les eaux internationales en mer Rouge avec 50 tonnes d’armes à bord. Israël a affirmé que la cargaison était destinée à l’Autorité palestinienne et accusé M. Arafat d’être personnellement responsable de ce trafic. Pour le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, cette contrebande d’armes constitue une preuve irréfutable du double jeu dont il accuse M. Arafat, qui a lancé le 16 décembre un appel public à l’arrêt de toutes les attaques contre l’État hébreu. Les preuves fournies cette semaine par Israël à Washington ont visiblement eu l’effet recherché. Le secrétaire d’État Colin Powell a affirmé que ces informations sur le Karine A établissaient «clairement qu’il y a des liens avec l’Autorité palestinienne». Refus US d’accuser Arafat Il a toutefois ajouté ne pas avoir «encore vu d’informations établissant directement un lien» avec M. Arafat. «Nous avons donné des preuves amplement suffisantes pour impliquer Arafat», a déclaré un porte-parole du gouvernement de M. Sharon, Avi Pazner. «Pourquoi l’Administration américaine a-t-elle choisi de ne pas le faire publiquement, je ne sais pas», a-t-il dit. Mais, a-t-il assuré, «je peux vous dire que nous leur avons fourni ample preuve de l’implication directe d’Arafat et des gens qui travaillent directement avec lui». L’analyste israélien Gershon Baskin pense que ce refus américain d’accuser publiquement M. Arafat n’est pas dû à un manque de preuves, mais à «des raisons politiques». Car si Washington adopte intégralement les accusations israéliennes à l’encontre du président palestinien, «cela signifie qu’Arafat n’est plus un partenaire aux yeux des Américains», a-t-il estimé. L’ambassadeur d’Israël à Washington, David Ivry, a abondé dans ce sens dans une interview jeudi soir à la télévision publique israélienne. «Les Américains veulent appliquer les plans Tenet et Mitchell et ont laissé une porte ouverte à Arafat», a-t-il déclaré. Le plan Tenet a pour but d’établir un véritable cessez-le-feu et le rapport Mitchell de ramener les deux parties à la table des négociations pour parvenir à un règlement de leur conflit. Pour M. Baskin, co-directeur de l’Institut Israël-Palestine pour l’information et la recherche (IPCRI), il ne fait aucun doute qu’une mise en cause personnelle de M. Arafat par Washington serait interprétée par M. Sharon comme «un feu vert significatif» pour aller plus loin dans sa campagne contre le dirigeant palestinien. «Toute action d’Israël contre Arafat affaiblit encore sa position (...) aux yeux des Palestiniens», souligne-t-il. Profitant de ce contexte politique très favorable, M. Sharon a d’ailleurs resserré encore un peu plus l’étau autour de M. Arafat, bloqué par l’armée israélienne à Ramallah (Cisjordanie) depuis début décembre. Il a expliqué jeudi soir que M. Arafat serait contraint de rester dans cette ville non seulement tant qu’il n’aurait pas arrêté les assassins d’un ministre israélien tué en octobre et leurs commanditaires, mais aussi tant qu’il n’aurait pas arrêté les responsables de l’affaire du Karine A, même si cela devait prendre «plusieurs années».
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