On en a fait des bisous, bonne année- bonne année, dans les confettis ou dans les plumards ; juste un peu parti, les yeux qui brillent, élégamment énamouré ; ou carrément bourré, baptême de la cuite, pour faire grand et s’y croire, rien qu’à voir sa mine dessus les lavabos. On en a ouvert des paquets, des petits, des gros, des petits dans des gros, et tiré des ficelles et dénoué des rubans. On a mangé du canard, de l’oie, du chapon, de la dinde, affolé les basses-cours ; on s’est parfois volés dans les plumes, histoire d’enterrer la mauvaise humeur cumulée, on s’est mis son truc en plume pour se donner des ailes, et à peine avait-on décollé que c’était déjà demain. Déjà les paillettes dans les balayettes, le monticule de la Quarantaine qui se prend quelques mètres en même temps que le Mont-Blanc s’affaisse. Retour des premiers autocars, lavés de frais et qui n’ont plus le parfum doux des enfants. Retour des premiers nez aux fenêtres, quel temps fait-il. Retour des sonneries matinales (éviter d’offrir des réveille-matin au prochain Noël), et qui a envie de se réveiller cette semaine ? C’est le petit côté sournois de chaque nouvelle année. À peine croit-on la franchir d’un pas triomphant qu’elle vous prend par la peau du cou, avec sa routine des jours précédents. Mais il y a les agendas tout neufs avec leurs pages blanches déjà grosses de pièges et de promesses, de lapins et de rencontres décisives, de résolutions que l’on tient parfois. Il y a ce nouveau chiffre en bas des chèques, en haut des journaux, des lettres qu’on n’écrit plus, des courriers électroniques qui se datent tout seuls, et le risque qu’on s’y trompe encore quelque temps, le temps de s’y faire. Et c’est un an de plus pour ce vieux monde, anniversaire universel convenu. Bien que pour certains le monde ait parfois commencé plus tôt ou plus tard, tôt ou tard les dates basculent et vous offrent ce précieux rabiot de vie à vivre. Et vivre c’est consommer : petite leçon immorale des lendemains de fêtes. L’argent qui s’évente se ventile en même temps. Il quitte une poche pour aller dans une autre, donnant aux uns du plaisir, aux autres du confort, souvent du réconfort. Alors, flamber et passer le flambeau, produire, acheter, donner et prendre, c’est reparti pour un tour. Ça ressemble à l’amour. Au Liban, on est comme ça. Pourvu que ça dure, même si c’est dur, touchons vite nos gueules de bois. Fifi ABOUDIB
On en a fait des bisous, bonne année- bonne année, dans les confettis ou dans les plumards ; juste un peu parti, les yeux qui brillent, élégamment énamouré ; ou carrément bourré, baptême de la cuite, pour faire grand et s’y croire, rien qu’à voir sa mine dessus les lavabos. On en a ouvert des paquets, des petits, des gros, des petits dans des gros, et tiré des ficelles et dénoué des rubans. On a mangé du canard, de l’oie, du chapon, de la dinde, affolé les basses-cours ; on s’est parfois volés dans les plumes, histoire d’enterrer la mauvaise humeur cumulée, on s’est mis son truc en plume pour se donner des ailes, et à peine avait-on décollé que c’était déjà demain. Déjà les paillettes dans les balayettes, le monticule de la Quarantaine qui se prend quelques mètres en même temps que le Mont-Blanc...
Iran - USA - Liban : tout peut changer en quelques heures.
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