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Actualités - Reportage

Le chameau : de la monture du conquérant à l’assiette du démuni

Pendant des siècles, les chameaux ont convoyé marchandises et conquérants sur les anciennes routes commerciales qui sillonnaient l’Afghanistan, reliant le Moyen-Orient à la Chine. Ils sont aujourd’hui la source de viande la moins onéreuse du pays. Et cela malgré les traditions qui préservaient les camélidés de l’abattoir du fait de leur utilité comme moyen de transport. Dans les boutiques de Kaboul, souvent de vieux conteneurs maritimes défoncés, les quartiers de chameau pendent aux crochets, cibles des mouches et exposés à la poussière ambiante qui envahit tout. Les petits morceaux sont découpés au bord des rues, dans la fumée des pots d’échappement de moteurs aux carburateurs mal réglés. Au moins 20 chameaux sont abattus chaque semaine à Kaboul, selon les rites islamiques, dans le grand marché au bétail qui sert d’abattoir dans les quartiers très détruits de l’ouest de la capitale. Mais bouchers et vendeurs du marché de Naqash se plaignent. Le taux de conversion entre la roupie pakistanaise – qui sert à payer les bêtes vives – et l’afghani local, monnaie des acheteurs de viande, ne les avantage guère. Le conflit pakistano-indien a affecté ces derniers jours le cours de la roupie qui sert à acheter les troupeaux à la frontière pakistano-afghane. «Les Afghans ne sont pas assez riches pour acheter du mouton ou du bœuf. Nous devons manger du chameau», déclare Akhtar Mohammed, un boucher de 42 ans. Le goût du chameau est incontestablement plus aigre que celui du bœuf ou du mouton. «Je n’ai pas les moyens d’avoir une boucherie, alors je travaille ici», dit-il, avant de murmurer «Allahu al-Akbar» (Dieu est grand) et d’égorger sa proie d’un couteau à large lame. Les animaux sont ensuite débités dans la poussière, la peau servant à confectionner chaussures et manteaux pour les rigoureux hivers afghans. La majorité des chameaux vient de la frontière pakistanaise, ou du nord du pays, près de Mazar-i-Sharif ; ils sont ensuite amenés, à pied, jusqu’à la capitale. Nourriture et parcage coûtent 1 000 afghanis par jour pour un mouton, pas encore dépouillé de sa laine, 4 000 par jour pour un bovin. 24 000 afghanis font un dollar. Mais un kilogramme de chameau coûte environ 30 000 afghanis dans un pays où les salaires de l’ordre de 10 dollars mensuels sont courants. Quelques oignons et un peu de naan, le pain local, complètent le bout de viande, seul repas de la journée pour environ quatre millions d’Afghans. Najibullah, 21 ans, boucher aux mains ensanglantées, raconte que le régime taliban achetait sa viande au marché de Naqash. Les miliciens fondamentalistes payaient le prix que peu de Kaboulis pouvaient se permettre. «Il y avait beaucoup d’animaux ici, mais la viande était extrêmement chère», ajoute Najibullah. Mais les bouchers de Naqash ont une chance. Ils rassemblent les excréments qui tapissent le marché. «Nous les donnons aux pauvres qui peuvent s’en servir comme combustible pour leur feu», ajoute Akhtar. «Les musulmans ont le devoir de donner aux pauvres», précise-t-il.
Pendant des siècles, les chameaux ont convoyé marchandises et conquérants sur les anciennes routes commerciales qui sillonnaient l’Afghanistan, reliant le Moyen-Orient à la Chine. Ils sont aujourd’hui la source de viande la moins onéreuse du pays. Et cela malgré les traditions qui préservaient les camélidés de l’abattoir du fait de leur utilité comme moyen de transport. Dans les boutiques de Kaboul, souvent de vieux conteneurs maritimes défoncés, les quartiers de chameau pendent aux crochets, cibles des mouches et exposés à la poussière ambiante qui envahit tout. Les petits morceaux sont découpés au bord des rues, dans la fumée des pots d’échappement de moteurs aux carburateurs mal réglés. Au moins 20 chameaux sont abattus chaque semaine à Kaboul, selon les rites islamiques, dans le grand marché au bétail...