Le Premier ministre britannique Tony Blair entreprend cette semaine une tournée de bons offices en Inde et au Pakistan pour tenter d’éviter l’irréparable entre les deux frères ennemis, issus de l’Empire britannique. Il entamera sa tournée jeudi par le Bangladesh pour une «visite de travail de deux jours», a-t-on appris mercredi de sources de haut rang au ministère des Affaires étrangères à Dacca. M. Blair devrait se rendre vendredi en Inde puis lundi au Pakistan. Downing Street souhaitait garder secrètes les étapes de cette tournée, comme les précédentes, en raison du renforcement des mesures de sécurité depuis les attentats du 11 septembre aux États-Unis. Mais le ministère pakistanais a rompu le silence mardi, annonçant une visite de M. Blair le lundi 7 janvier à Islamabad. Downing Street s’est contenté de confirmer une visite «dans la région Inde-Pakistan» dans la semaine à venir. À Dacca, M. Blair pourrait demander une large contribution du Bangladesh, pays à majorité musulmane, à la Force internationale d’assistance pour la sécurité en Afghanistan (ISAF) dont les Britanniques ont pris la tête pour trois mois, selon la presse locale. Le Premier ministre britannique devrait ensuite se rendre vendredi en Inde, d’abord à Bangalore (sud), puis à New Delhi dimanche pour des entretiens avec les dirigeants indiens, selon les sources du ministère des Affaires étrangères, à la veille de son arrivée à Islamabad. Cette visite avait été prévue avant l’attentat-suicide contre le Parlement de New Delhi qui a fait 14 morts le 13 décembre et brusquement ravivé les tensions entre New Delhi et Islamabad, laissant craindre une quatrième guerre entre ces deux pays depuis leur indépendance, en 1947. New Delhi a accusé les Services secrets pakistanais (ISI) de «soutien au terrorisme» en dépit des dénégations d’Islamabad et rappelé son ambassadeur au Pakistan. Les deux pays, qui disposent de l’arme nucléaire, ont chacun massé des troupes aux frontières. Après une escalade militaire et verbale, le ton de l’Inde a été moins virulent ces derniers jours. New Delhi, en apparente collusion avec Washington, a qualifié de «pas dans la bonne direction» les arrestations opérées par Islamabad dans la mouvance islamiste radicale. Le Pakistan est un allié-clef de la coalition antiterroriste qui, après avoir vaincu le pouvoir taliban, a lancé la chasse contre le milliardaire d’origine séoudienne Oussama Ben Laden, commanditaire présumé des attentats du 11 septembre, et l’ancien chef du régime des talibans, le mollah Mohammad Omar. Tony Blair, premier responsable occidental à visiter la région depuis le 13 décembre, devra faire preuve de ses talents de médiateur pour apaiser la tension entre les deux pays. Les ministres des Affaires étrangères d’Inde et du Pakistan, Jaswant Singh et Abdul Sattar, se sont serré la main, se sont souri et ont brièvement parlé mercredi à Katmandou, à l’occasion d’une réunion régionale des ministres des Affaires étrangères des sept pays d’Asie du Sud (SAARC). Toutefois, dans le même temps, les troupes indiennes et pakistanaises échangeaient des «tirs intenses» pendant près d’une heure le long de leur frontière dans la zone disputée du Cachemire. D’autre part, dix-huit personnes, dont 11 policiers indiens, ont été blessées mercredi à Srinagar (Cachemire administré par l’Inde) dans une attaque à la grenade attribuée à la guérilla séparatiste musulmane.
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