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Actualités - Chronologies

Des colonnes d’hommes chargés comme des bêtes dans le tunnel de Salang

Chancelant dans l’obscurité glaciale du tunnel de Salang avec une charge de 60 kilos sur le dos, Abdul Bashir se faufile dans les amas de roches et de métal tordu. Pendant les trois dernières semaines, Bashir a fait le trajet d’un kilomètre et demi, aller et retour, environ douze fois par jour, et il ne fait plus un seul faux pas, contrairement aux centaines de piétons qui passent par cet étrange tunnel en trébuchant. Il a appris à prévoir précisément les allées et venues des vieux camions russes qui transportent les blocs de pierre et les déversent à l’extérieur sur les pentes enneigées. «Je ne peux pas me permettre d’attendre», dit-il. «Pour moi, le temps, c’est de l’argent». Dans un paquet sur son dos sont entassées des vestes en cuir que le marchand Dil Agha veut faire transporter de Kaboul à Mazar-i-Sharif (nord de l’Afghanistan). Parce que cette charge est particulièrement lourde, Agha paiera Bashir l’équivalent de trois dollars. Pour des colis plus légers, le porteur ne gagnera que la moitié de cette somme, et pour le transport d’un enfant, un dollar. «J’aime bien porter des enfants, même si je gagne moins d’argent, dit Bashir. D’habitude, ils ont très peur du bruit et du noir, mais je sais comment les rassurer. J’ai moi aussi quatre enfants». Il y en a 500 autres, comme Bashir, qui attendent de chaque côté du tunnel de Salang, pour tenter d’amasser autant d’argent qu’ils le peuvent avant que le tunnel ne soit entièrement dégagé et que les voitures puissent passer. Certains ont seulement 10 ou 11 ans, mais, comme leurs collègues plus âgés, tous ont des bottes en caoutchouc, des jambes arquées et des figures sales. Bashir, qui ne pèse que 53 kilos, dit que sa plus lourde charge a atteint environ 70 kilos. Bien que le travail soit dur, il peut gagner environ 30 dollars dans les bons jours. «Le soir, je suis très fatigué et mon dos me fait vraiment mal, dit Bashir, qui a 33 ans. Mais il faut que je continue. Ça sera bientôt fini et alors nous serons de nouveau au chômage». Les experts russes qui participent à la réhabilitation du tunnel et de la passe de Salang – le premier projet de reconstruction d’importance depuis l’effondrement du régime des talibans début décembre – estiment que le trafic reprendra vers la fin janvier. Aucune voiture n’a pu traverser cet axe stratégique qui relie le nord au sud du pays depuis qu’il a été dynamité en 1998 par feu le commandant Ahmed Shah Massoud, l’ancien chef militaire de l’opposition afghane (assassiné le 9 septembre), qui voulait protéger son fief de la vallée du Panchir. Le passage à pied du tunnel n’est possible que depuis début décembre, quand les ingénieurs russes ont dégagé les entrées du tunnel. Des taxis et minibus arrivent de chaque côté et déchargent leurs passagers qui font ensuite le dangereux trajet à pied, dans le bruit, le noir et la poussière. Pour les équipes humanitaires engagées dans la réhabilitation du tunnel – 24 Russes, 25 membres de l’organisation britannique spécialisée dans le déminage Halo Trust et une douzaine de Français de l’ONG, ACTED –, le fleuve humain ininterrompu perturbe leurs activités. «Souvent, nous devons arrêter les opérations parce qu’il y a trop de monde, dit Atiq Ullha, le responsable de l’équipe d’Halo Trust. Mais bien sûr, on ne peut pas les empêcher de passer. Le chemin est beaucoup plus court pour eux par ici». Le vendeur de vestes de cuir Dil Agha, celui qui a loué les services de Bashir, économise environ 16 heures entre Kaboul et Mazar-i-Sharif, la principale ville du nord de l’Afghanistan, distante d’environ 250 kilomètres. Quand le tunnel était fermé, il avait 24 heures de route, contre huit ou neuf à présent au total, en passant par le tunnel. Le trajet sera encore plus rapide à partir de février, lorsque les taxis pourront emprunter le tunnel de bout en bout. Bashir devra alors cesser son travail de «bête de somme».
Chancelant dans l’obscurité glaciale du tunnel de Salang avec une charge de 60 kilos sur le dos, Abdul Bashir se faufile dans les amas de roches et de métal tordu. Pendant les trois dernières semaines, Bashir a fait le trajet d’un kilomètre et demi, aller et retour, environ douze fois par jour, et il ne fait plus un seul faux pas, contrairement aux centaines de piétons qui passent par cet étrange tunnel en trébuchant. Il a appris à prévoir précisément les allées et venues des vieux camions russes qui transportent les blocs de pierre et les déversent à l’extérieur sur les pentes enneigées. «Je ne peux pas me permettre d’attendre», dit-il. «Pour moi, le temps, c’est de l’argent». Dans un paquet sur son dos sont entassées des vestes en cuir que le marchand Dil Agha veut faire transporter de Kaboul à...