Ferment de l’identité afghane, la culture compte parmi les priorités du nouveau gouvernement avec en tête de liste la restauration des emblématiques bouddhas de Bamiyan, dont la destruction par les talibans avait soulevé un émoi international. «La restauration des bouddhas compte parmi nos priorités, avec celle des musées, la réforme des journaux et du secteur audiovisuel», a expliqué hier le ministre de l’Information et de la Culture Raheen Makhdoom. Première initiative de ce spécialiste de la culture afghane et de poésie soufie, l’organisation d’un séminaire consacré aux bouddhas et à la restauration du musée national aux innombrables statues détruites. «Beaucoup de pays souhaitent nous aider. Ce séminaire doit coordonner les initiatives des experts afghans et internationaux», dit le Dr Makhdoom, qui attend «la réponse de l’Unesco» sur les dates de cette réunion. «Aussitôt que possible», dit-il en servant le thé dans son grand bureau fraîchement installé. Patrimoine «non islamique», les deux statues géantes, vieilles de plus de 1 500 ans, avaient été détruites le 10 mars 2001 à coups de dynamite et d’obus de char, tirant la communauté internationale de sa torpeur et provoquant dans plusieurs capitales des manifestations d’amis de l’Afghanistan et d’amateurs d’art. De fait, il ne reste quasi rien de ces bouddhas de 53 mètres. Seuls témoignent encore de leur existence des amas de gravats et deux immenses cavités dans la falaise qui les abritait, à la lisière de Bamiyan (centre), à huit heures de route de Kaboul. Selon le Dr Makhdoom, une équipe d’archéologues suisses s’est rendue sur place pour au moins protéger ce qui pouvait l’être des intempéries de l’hiver. «C’était l’un de nos monuments les plus importants, dit-il, ajoutant ignorer comment la restauration sera faite. Peut-être reconstruirons-nous, nous avons des photos attestant ce qu’était ce site. Peut-être récupérerons-nous des fragments qui ont été volés sous les talibans et pourraient se trouver à l’étranger. Nous allons demander une enquête internationale». Des habitants de Bamiyan assurent que des fragments auraient été emmenés par camions au moment de la destruction. «La culture est un élément essentiel de la reconstruction. C’est la reconstruction de la confiance, de l’identité nationale. Il faut préserver cet héritage de 3 000 ans. C’est aussi ce qui fera réaliser à une jeune génération qui n’a connu que la guerre que désormais la culture de la paix prévaut», dit le ministre, professeur d’histoire de l’art de 54 ans, juste rentré d’un séjour de dix ans aux États-Unis. La tâche de M. Makhdoom est immense. «Les trois quarts de ce ministère sont en ruine, le cinéma, la télévision, les théâtres, les musées, l’imprimerie nationale... tout est à refaire. Et ce qui est encore debout a été sévèrement endommagé», commente-t-il en esquissant un sourire fataliste. Il veut notamment reprendre contact avec l’Unesco pour la protection des monuments d’Hérat (ouest), qui devaient déjà faire l’objet d’un projet de préservation avant que l’invasion soviétique de 1979 ne laisse le chantier en plan. Le ministre espère aussi étendre la télévision et la radio aux provinces et redonner vie aux journaux. «La culture afghane est aussi un patrimoine mondial», ajoute le Dr Makhdoom, citant le poète soufi Rumi qui prônait «l’amour sens de la vie» et le rapprochement des êtres humains.
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