Plus de 300 millions d’Européens vont prendre congé de leurs différentes monnaies nationales à partir de mardi au profit de l’euro, une opération inédite par son ampleur et non dénuée de risques sur le plan logistique. Tout au long du week-end, responsables politiques et banquiers centraux sont montés au créneau pour souligner la portée historique de ce grand chamboulement monétaire, qui représente le projet le plus abouti à ce jour de la politique d’intégration européenne. Dans le Journal du Dimanche (JDD), le ministre français de l’Économie Laurent Fabius parle d’un «vrai bonheur» et «d’une grande réforme» qui apportera «plus de sécurité dans le contexte de la globalisation». Le chancelier allemand Gerhard Schröder préfère invoquer les mânes des Beatles pour consoler ses concitoyens qui pleurent l’abandon du deutsche mark. «Comme l’ont chanté les Beatles dans Hello-Goodbye : je ne sais pas pourquoi tu dis au revoir, moi je dis bonjour», souligne-t-il dans le journal Bild am Sonntag. Pour les douze pays qui l’ont adoptée, la nouvelle monnaie deviendra une réalité concrète aux douze coups de minuit lundi soir. L’île de la Réunion dans l’océan Indien entrera alors dans l’histoire : le département français d’outre-mer (DOM) sera à 20h00 GMT le premier territoire où entreront en circulation les huit sortes de pièces et sept types de coupures. Suivront à 22h00 GMT la Grèce et la Finlande. La majeure partie de la zone euro franchira le cap à 23h00 GMT, Irlandais et Portugais devant attendre une heure de plus. L’avènement sera célébré mais avec sobriété, sans doute en raison du peu d’enthousiasme que suscite ce saut dans l’inconnu parmi les populations, contraintes de s’habituer à une nouvelle échelle de valeurs. Un «son et lumière symphonique» à Bruxelles, une cérémonie sans prétention devant la BCE à Francfort, capitale autoproclamée de l’euro, quelques interventions publiques. Mais le plus souvent, les célébrations n’ont fait que se greffer aux traditionnelles fêtes du réveillon. Une discrétion peu appréciée par Jacques Delors, l’ancien président de la Commission européenne et grand artisan de la monnaie unique. «Je regrette que l’on ne marque pas cet événement de manière plus solennelle, en France en particulier», a-t-il dit au JDD. Quel accueil les citoyens réserveront-ils à leur monnaie ? Beaucoup devrait dépendre de la réussite logistique de l’opération. Plus de 50 milliards de pièces ont été frappées et 15 milliards de billets imprimés. La transition sera progressive, puisqu’il sera encore possible de régler ses achats en monnaie nationale pendant deux ou trois mois selon les pays. Malgré tout, les fonds de caisse des commerçants ont-ils été suffisamment alimentés en euros ? En France, 7 % des supermarchés et hypermarchés ne pourront rendre la monnaie en euro dans les premiers jours de janvier, tandis qu’en Italie la livraison de billets aux grands magasins n’a pu être réalisée qu’au dernier moment. Autres incertitudes : les distributeurs automatiques de billets vont-ils bien fonctionner à compter de mardi 0 heure ? Le basculement des terminaux de paiement par carte bancaire dans les magasins se déroulera-t-il sans confusion ? Ça et là dans la zone euro, quelques couacs, minimes, ont déjà été signalés lors des préparatifs. La situation sera particulièrement surveillée en France, en raison d’une menace de grève dans les banques mercredi mais aussi en Allemagne, dont la monnaie nationale perdra, sur le papier au moins, toute existence légale dès mardi. Les fédérations de commerçants se sont engagées à accepter le deutsche mark jusqu’à fin février, mais sur une base non contraignante. Et, à en croire le journal Bild am Sonntag de dimanche, certains magasins et restaurants ne respecteront pas l’accord.
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