Le début du désarmement historique de l’IRA, dans le sillage des attentats aux États-Unis, a spectaculairement relancé un processus de paix nord-irlandais jusque-là moribond, mais toujours sous la menace d’une situation politique volatile et de violences persistantes sur le terrain. L’année 2001 avait pourtant commencé sur un constat d’échec : l’Armée républicaine irlandaise (IRA), principale milice catholique, refusait obstinément de détruire ou de neutraliser le moindre fusil, contrairement à ce qu’exigent les protestants depuis les accords de paix d’avril 1998. Les élections générales du 7 juin au Royaume-Uni allaient comme prévu radicaliser les positions des deux camps. Et accoucher d’une très mauvaise surprise pour les modérés : la forte poussée des partis extrémistes, le Sinn Féin (républicain catholique) et le DUP du révérend protestant Ian Paisley, farouche opposant à toute forme de partage du pouvoir avec les catholiques. Ces nouveaux rapports de force électoraux se doublent rapidement d’une nouvelle crise institutionnelle : début juillet, le Premier ministre protestant de l’Irlande du Nord David Trimble démissionne avec fracas et prévient qu’il ne reprendra pas ses fonctions tant que l’IRA n’aura pas désarmé. L’impasse semble totale. Surviennent alors les attentats du 11 septembre : les États-Unis, frappés dans leur chair, déclarent la guerre au terrorisme. Or l’IRA et sa branche politique, Sinn Féin, tirent une bonne partie de leur financement des généreux donateurs outre-Atlantique. Le vent a tourné, d’autant plus que trois membres de l’IRA ont été arrêtés le mois précédent en Colombie, où ils sont soupçonnés d’avoir entraîné les rebelles des Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC) – l’une des bêtes noires de Washington – au maniement d’explosifs. Un geste « historique » «Dans ce contexte, l’IRA ne peut plus reprendre sa lutte armée, elle ne peut plus commettre des attentats à Londres», analyse Paul Bew, professeur à la Queens University de Belfast. Le 23 octobre, la milice annonce officiellement que, pour la première fois d’une longue et sanglante histoire, elle a commencé à mettre des armes hors d’usage. La commission internationale confirme. «Voici le jour dont on nous disait qu’il ne surviendrait jamais», commente un David Trimble très ému. Suite à ce geste «historique», salué dans le monde entier, David Trimble accepte de reprendre ses fonctions. Londres, qui avait promis une réponse «généreuse», entame dès le lendemain le démantèlement de quatre installations militaires à la frontière avec l’Irlande. Quelques jours plus tard, l’Exécutif et l’Assemblée semi-autonomes se remettent au travail. Début novembre, le service de police d’Irlande du Nord (PSNI), où à terme catholiques et protestants doivent travailler côte à côte, naît officiellement des cendres du Royal Ulster Constabulary (RUC). Le processus de paix, que l’on disait au bord du gouffre, se remet en selle. Pour autant, la paix n’est jamais assurée dans une province profondément divisée par 30 années de «troubles» qui ont fait plus de 3 500 morts. Illustrations aussi symboliques que sinistres du fossé qui sépare toujours les deux communautés, les manifestations haineuses de protestants du nord de Belfast qui, depuis la rentrée de septembre, s’opposent au passage d’écolières catholiques par une rue de leur quartier. Pour Paul Bew, deux autres écueils se dressent sur le chemin de David Trimble : les réticences au sein de son propre camp – six unionistes sur dix sont désormais opposés aux accords de paix selon lui – et la perte de vitesse du parti catholique modéré SDLP, partenaire indispensable pour un fonctionnement harmonieux des institutions. «Il y a une chance que cela fonctionne, conclut-il, mais je ne suis pas certain que nous y parviendrons, parce qu’en fait les gens ici adorent se détester...»
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le début du désarmement historique de l’IRA, dans le sillage des attentats aux États-Unis, a spectaculairement relancé un processus de paix nord-irlandais jusque-là moribond, mais toujours sous la menace d’une situation politique volatile et de violences persistantes sur le terrain. L’année 2001 avait pourtant commencé sur un constat d’échec : l’Armée républicaine irlandaise (IRA), principale milice catholique, refusait obstinément de détruire ou de neutraliser le moindre fusil, contrairement à ce qu’exigent les protestants depuis les accords de paix d’avril 1998. Les élections générales du 7 juin au Royaume-Uni allaient comme prévu radicaliser les positions des deux camps. Et accoucher d’une très mauvaise surprise pour les modérés : la forte poussée des partis extrémistes, le Sinn Féin...