2002. Un chiffre qui a de la gueule. Belle symétrie pour un monde qui s’achève d’un pied et commence de l’autre ; schizophrénie monstrueuse d’une civilisation déjà vieille de deux mille ans et qui trébuche dans le siècle naissant avec l’assurance d’un enfant de deux ans qui veut déjà «lâcher la main». Et dire que seuls les 0-2 ans sont de leur temps ! Les autres – nous autres – ne sont que des carcasses du siècle dernier, poussives et lourdes de leurs mauvaises options. Il y a problème, mais c’est ainsi. Le monde n’a jamais été ni meilleur ni pire. Simple question de degrés. De nos jours, les guerres-éclair font plus de morts que les guerres de cent ans et les sidaïques sont aussi seuls que jadis les lépreux dans leurs îles. On n’a pas encore inventé la vie éternelle, mais on sait désormais de quoi l’on meurt et ça nous fait une belle jambe. Avec le tout-global, nous voilà, nouveaux Atlas, portant le monde sur nos épaules. Il finira par nous écraser, ou bien finirons-nous par le laisser tomber ? Porterons-nous encore longtemps le deuil du 11 septembre ? Nous prendrons-nous la tête en attendant le prochain conflit nucléaire dont les acteurs brandissent déjà le spectre ? Nous rongerons-nous jusqu’aux moignons avant de savoir si oui ou non nous figurons au programme de la Justice américaine ? Attendrons-nous d’avoir de l’argent pour être heureux ? Ou l’impossible paix régionale pour relancer notre économie ? Deux mille ans de civilisation et de pénible sagesse exigeraient un oui à chaque case. Mais c’est veille de réveillon, et le siècle est jeune. Naguère, les années folles avaient marqué une parenthèse joyeuse entre deux conflits. Au train où vont les conflits, la gaîté s’annonce comme une nouvelle éthique. Chahutons la petite robe noire de la grande Mademoiselle, exhibons nos bas de soie – personne n’a plus de bas de laine –, baignons dans les bulles puisque tout est bulle, faisons danser ces pas qui traînent, ces bras qui peinent, et rire à pleine gorge les rires en coin. Et rendez-vous le premier janvier de l’an de grâce qui nous guette, un peu plus souriants des grands rires de la veille, un peu plus légers de toutes ces bulles. Et d’avoir au moins fait semblant, on se prendra à y croire, et à force, ce sera vrai. Alors qu’on se le dise : en 2002, on est heureux !
2002. Un chiffre qui a de la gueule. Belle symétrie pour un monde qui s’achève d’un pied et commence de l’autre ; schizophrénie monstrueuse d’une civilisation déjà vieille de deux mille ans et qui trébuche dans le siècle naissant avec l’assurance d’un enfant de deux ans qui veut déjà «lâcher la main». Et dire que seuls les 0-2 ans sont de leur temps ! Les autres – nous autres – ne sont que des carcasses du siècle dernier, poussives et lourdes de leurs mauvaises options. Il y a problème, mais c’est ainsi. Le monde n’a jamais été ni meilleur ni pire. Simple question de degrés. De nos jours, les guerres-éclair font plus de morts que les guerres de cent ans et les sidaïques sont aussi seuls que jadis les lépreux dans leurs îles. On n’a pas encore inventé la vie éternelle, mais on sait désormais...
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