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Actualités - Chronologies

Une rivalité mise en scène quotidiennement

À quelques mètres les uns des autres, au poste-frontière de Wagha, militaires indiens et pakistanais se livrent quotidiennement à la mise en scène de la rivalité entre les deux pays, un rituel que l’actuelle tension entre Delhi et Islamabad charge d’émotion. Ils s’observent et se défient, chaque soir, devant un public toujours nombreux, avide de vibrer de ferveur nationale au cours d’une cérémonie immuable et parfaitement symétrique : le baisser des couleurs. À la tombée du jour hier, des centaines d’Indiens, certains enturbannés, et des dizaines de Pakistanais, reconnaissables au «shalwar kamiz» traditionnel, l’ensemble à longue chemise, se sont massés à Wagha pour crier leur nationalisme. Ils ont croisé en route plusieurs tracteurs, chargés de lits et d’ustensiles de cuisine. Même si le Cachemire est loin, les habitants des zones frontalières ont peur et fuient vers les villes. À Wagha, des haut-parleurs diffusent de la musique «nationale», dans laquelle, côté pakistanais, on distingue de nombreuses références au Coran. L’islam est la seule vraie distinction séparant les deux peuples. La foule gonfle, les cris fusent, les drapeaux volent haut. Le phénomène est tellement ancien que des gradins ont été aménagés de part et d’autre. Chaque soir, les deux drapeaux sont amenés, à deux mètres l’un de l’autre, absolument simultanément, au centimètre et à la seconde près. Les ordres criés dans la même langue et au même moment donnent l’impression d’une stéréophonie. «Cela dure depuis la partition en 1947», affirme le capitaine Umar Saeed, le plus gradé des officiers pakistanais présents à la tombée de la nuit jeudi. Aux «Pakistan Zindabad» (longue vie au Pakistan) scandés d’un côté de la frontière, répondent les «Hindustan Zindabad». Le no man’s land n’est que d’un mètre, partagé en son milieu par une ligne blanche sur laquelle se trouvent les deux drapeaux. De part et d’autre, la grille coulissante pakistanaise et la barrière indienne. Toutes deux claqueront fortement à la fin de la cérémonie. Refermant les deux pays qui ne faisaient qu’un il y à moins de 55 ans sur une haine qui fait peser la crainte d’un conflit nucléaire. Tenue grise pour les Pakistanais, beige kaki pour les Indiens avec des guêtres blanches, plumets en éventail gris pour les Pakistanais, rouge et or pour les Indiens, tous portent les mêmes chaussures aux renforts métalliques, qui, tels des danseurs de claquettes, leur permettent de mieux faire entendre leur pas cadencé. «Physiquement, nos hommes sont de bien meilleure allure» souligne le capitaine Umar. De fait, aucun des soldats pakistanais affecté au baisser des couleurs ne mesure moins d’1,90 m. Bien sûr, la moustache est fournie et soigneusement entretenue. Dans leur cérémonie, les militaires se défient, à quelques centimètres l’un de l’autre, torse bombé, doigts en crochet comme s’ils sortaient leurs griffes. Après le grand fracas des barrières fermées, un début de manifestation vite contenu côté indien, mais aussi des familles qui posent pour la photo devant le poste-frontière fermé, que seuls les étrangers aux deux pays peuvent franchir à pied le jour. Alors que la nuit tombe et que la foule se disperse, discrètement, quelques paquets passent la barrière. Ce sont quelques dizaines d’exemplaires des deux principaux quotidiens de la presse indienne échangés contre leurs homologues pakistanais. Sur la route longue de 27 km qui mène à Lahore (est du Pakistan), de nombreux tracteurs chargés de lits et d’ustensiles de cuisine montrent que les habitants de la région prennent les menaces de guerre très au sérieux. «Jang, Jang» (la guerre, la guerre) répondent-ils aux questions sur les raisons de leur mouvement. La guerre, la guerre. À l’entrée de Lahore, embouteillage. Un immense canon long, houssé de blanc, remorqué par un camion militaire n’arrive pas à prendre un virage dans une rue étroite.
À quelques mètres les uns des autres, au poste-frontière de Wagha, militaires indiens et pakistanais se livrent quotidiennement à la mise en scène de la rivalité entre les deux pays, un rituel que l’actuelle tension entre Delhi et Islamabad charge d’émotion. Ils s’observent et se défient, chaque soir, devant un public toujours nombreux, avide de vibrer de ferveur nationale au cours d’une cérémonie immuable et parfaitement symétrique : le baisser des couleurs. À la tombée du jour hier, des centaines d’Indiens, certains enturbannés, et des dizaines de Pakistanais, reconnaissables au «shalwar kamiz» traditionnel, l’ensemble à longue chemise, se sont massés à Wagha pour crier leur nationalisme. Ils ont croisé en route plusieurs tracteurs, chargés de lits et d’ustensiles de cuisine. Même si le Cachemire est...