Le gouvernement yéménite mène une opération coup de poing pour venir à bout de terroristes présumés d’el-Qaëda et des hors-la-loi, dans l’espoir de se prémunir contre une éventuelle frappe militaire américaine. La campagne a été lancée dans trois provinces frontalières de l’Arabie séoudite, habitées par des tribus qui échappent souvent au contrôle du pouvoir central, officiellement pour la traque de deux ou trois membres d’el-Qaëda, l’organisation d’Oussama Ben Laden. L’armée et la police, soutenues par des hélicoptères et des chars, ont déploré la perte de 18 militaires lors d’une bataille rangée mardi contre des hommes armés des tribus, qui ont perdu pour leur part au moins 4 des leurs. Ce bilan témoigne de l’âpreté de la confrontation, que le président Ali Abdallah Saleh semble déterminé à mener jusqu’au bout. «Il faut frapper d’une main de fer tous ceux qui tentent de nuire à la sécurité nationale», a-t-il déclaré devant de hauts officiers de l’armée et de la police qu’il a réunis vendredi à Aden (Sud). «L’intérêt national est au-dessus de tous et les citoyens sont tenus de coopérer avec les forces de sécurité», a-t-il ordonné. Ce durcissement intervient alors que le pays est sous la pression des États-Unis qui soupçonnent le Yémen d’abriter des activistes d’el-Qaëda de Ben Laden, accusé par Washington d’avoir commandité l’attentat contre le destroyer USS Cole qui a fait 17 tués américains en octobre 2000 dans le port d’Aden. Le 9 décembre, des responsables américains cités par le Los Angeles Times avaient cité le Yémen parmi les cibles potentielles de la campagne antiterroriste. Quelques centaines d’activistes islamistes seraient actifs au Yémen dans des régions montagneuses aux accès difficiles, selon des diplomates. Le pays, l’un des plus pauvres au monde, est épisodiquement le théâtre d’attentats criminels, d’attaques contre des intérêts occidentaux et de rapts d’étrangers. Les autorités peinent à mettre fin à ce phénomène dans un pays à structure tribale et dont la population est fortement armée. Le ministère de l’Intérieur a estimé à plus de 50 millions le nombre des pièces d’armes aux mains de la population, soit en moyenne de 2,5 armes par habitant. Cette prolifération des armes s’est accompagnée d’une montée des groupes islamistes issus notamment des milieux des vétérans d’Afghanistan. Le plus extrémiste de ces groupes est l’«Armée islamique d’Aden-Abyane», qui avait revendiqué une vingtaine d’attentats à la bombe dans le sud du Yémen entre 1998 et 1999, qui ont tué 10 personnes et blessé 80 autres. Son chef, Zine el-Abedine Abou Bakr el-Medar, alias Aboul Hassan, avait été exécuté au Yémen en 1999 pour avoir enlevé 16 touristes occidentaux, dont quatre – trois Britanniques et un Australien – avaient été tués lors d’une tentative de libération par les forces de l’ordre. Aboul Hassan avait combattu dans les années 1980 contre les forces soviétiques en Afghanistan où il avait connu Ben Laden, originaire du Yémen et déchu de sa nationalité séoudienne. Une équipe du FBI, la police fédérale américaine, opère en permanence depuis juillet dernier au Yémen en coopération avec les services secrets de ce pays dans le cadre de l’enquête sur l’attentat contre l’USS Cole, selon une source policière. Cette présence du FBI et la virulence de la campagne militaire contre les membres présumés d’el-Qaëda suscitent la prudence des dirigeants de l’opposition, dont certains interrogés par l’AFP ont refusé de se prononcer. «Ce qui se passe dans le pays aura pour conséquence d’affaiblir le régime», a dit sous couvert d’anonymat un cadre du mouvement islamiste al-Islah, sans cependant engager son parti, représenté au Parlement.
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