La tension baissant en Afghanistan, les spéculations vont bon train à Washington pour savoir si les foudres américaines vont s’abattre sur d’autres pays, les noms de l’Irak et de la Somalie revenant avec insistance. Les responsables américains répètent à l’envi que le président George W. Bush n’a pas pris de décision sur une prochaine phase dans les opérations antiterroristes, mais leurs déclarations laissent entrevoir un vif débat au sein de l’Administration sur cette question. Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, interrogé par l’hebdomadaire Newsweek sur la possibilité d’opérations contre l’Irak, a reconnu qu’il y avait, dans son propre ministère, «des gens qui ont, sans aucun doute, des avis différents». Une partie du Congrès réclame à cor et à cris des actions musclées contre le président irakien, Saddam Hussein, et l’opinion américaine semble, elle aussi, acquise à une politique du bâton à l’encontre des pays soutenant le terrorisme. Selon un sondage réalisé pour le Washington Post et la chaîne de télévision ABC, 72 % des Américains sont favorables à un renversement de Saddam Hussein par la force. Ils sont également 75 % à se prononcer en faveur de frappes militaires contre des bases terroristes qui seraient découvertes au Soudan, au Yémen ou en Somalie, autres pays fréquemment cités par les experts et la presse américaine. «Il y a à l’évidence un débat. D’un point de vue américain, l’Irak est un problème majeur mais la Somalie aussi pose problème», relève Helmut Sonnenfeldt, spécialiste de politique étrangère à la Brookings Institution. La conseillère pour la Sécurité nationale du président Bush, Condoleezza Rice, a insisté sur le fait que «le monde se portera mieux» sans Saddam Hussein, dont le régime «menace la région, nos intérêts et les intérêts de nos amis». Mais le secrétaire d’État, Colin Powell, a souligné de son côté qu’il serait plus difficile de se débarrasser de Saddam Hussein que des talibans et a fait mine de s’étonner du fait que «tout le monde se focalise sur l’Irak, comme s’il n’y avait que lui». Ce regain du débat sur l’Irak traduit la profonde frustration d’une large partie de l’Administration, face au maintien au pouvoir de Saddam Hussein, dix ans après la fin de la guerre du Golfe. Mais, même pour «l’hyperpuissance» américaine, une reprise d’opérations militaires pour renverser le régime de Bagdad ne serait pas une mince affaire. «Le Pentagone a un problème majeur pour présenter des plans concernant l’Irak. C’est une tâche difficile, qui pèserait sur les ressources militaires des États-Unis. Il y a de nombreux problèmes pratiques et les experts divergent», souligne M. Sonnenfeldt, ancien conseiller diplomatique du président Richard Nixon. Washington a également intensifié son attention sur les pays qui pourraient servir de nouveau sanctuaire au réseau el-Qaëda, voire abriter son chef Oussama Ben Laden, toujours introuvable en Afghanistan. La Somalie, un pays à la dérive, que les experts jugent idéal pour des terroristes en mal de nouveau repaire, est désormais suivi à la loupe. «Nous observons effectivement la Somalie, pas pour nous en prendre à ce pays en tant que nation ou gouvernement mais parce que nous sommes attentifs au fait que ce pourrait être un refuge» pour les terroristes chassés d’Afghanistan, a indiqué M. Powell. M. Rumsfeld a démenti que Washington envisageait actuellement de procéder en Somalie à une opération de même nature qu’en Afghanistan, mais les menaces voilées qui viennent régulièrement de Washington semblent avoir été bien reçues à Mogadiscio. Les autorités somaliennes se sont empressées cette semaine d’arrêter huit étrangers suspects de terrorisme, une manière de donner des gages de bonne conduite.
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