Le 28 février 2002 à minuit, le glas aura définitivement sonné pour l’ensemble des devises des douze pays qui ont décidé de créer l’euro en abandonnant des monnaies à l’origine parfois millénaire, souvent symbole fort de la fierté nationale. Après l’arrivée massive et subite des billets et des pièces euros le 1er janvier 2002, les vieilles monnaies vont bénéficier d’un sursis de quelques semaines, le temps pour les populations de se familiariser avec les nouveaux billets et pièces. Elles seront retirées progressivement : aux Pays-Bas le 28 janvier, en Irlande le 9 février, en France le 17 février. Le 28 février 2002 au soir, les commerçants des neuf autres pays refuseront à leur tour les vieilles unités. L’abandon le plus douloureux sera probablement celui du deutschemark par les Allemands, si fiers de ce symbole de l’Allemagne démocratique et puissante de l’après-guerre. La date officielle du retrait du mark est le 1er janvier, mais il aura droit de cité jusqu’au 28 février. La naissance du schilling autrichien, en vigueur depuis 1947, est aussi lié à la reconstruction de l’après-guerre. La rupture n’est pas aisée pour les citoyens. Selon un sondage de l’Institut OGM, 57 % des Autrichiens déclarent avoir «peu confiance» dans l’euro. Mais les industriels sont enthousiastes. L’un des hommes les plus riches d’Autriche, le fondateur de la boisson énergisante Red Bull, Dietrich Mateschitz, met en avant les «conséquences positives» de l’euro pour son entreprise. Pour les Italiens, la disparition de la lire, symbole de l’unité italienne chèrement acquise au XIXe siècle, et monnaie officielle du pays depuis 1862, constitue un vrai big bang : habitués à utiliser des liasses de papier, ils devront réapprendre à compter en centimes et à utiliser des pièces. «Les Italiens dans la rue ne se préoccupent pas encore de la question», souligne Emanuele Piccari, représentant de l’Union nationale des consommateurs. Mais «en Italie, on se préoccupe des choses qu’au dernier moment», soupire-t-il. La disparition de la peseta, officiellement instituée monnaie d’Espagne en 1868, inquiète certains citoyens. Mais les euro-enthousiastes ne manquent pas : ils y voient le dernier signe de l’intégration dans l’Europe d’une Espagne qui a dû franchir les obstacles à marches forcées depuis la fin du franquisme en 1975. Les Néerlandais devront abandonner le florin, monnaie moyenâgeuse introduite pour la première fois en 1329, et qui s’est imposée dans tout le pays en 1521 sous Charles-Quint, âge d’or de la riche Flandre. La markka finlandaise doit sa naissance au bon vouloir du tsar Alexandre II dont le pays dominait alors le grand-duché. «Markka» (mark en finlandais) affirmait l’appartenance de la Finlande au monde baltique, plus germanique que slave. Au Portugal, l’escudo a remplacé le real après l’implantation de la République en 1910. En France, le franc est apparu pour la première fois en 1360, et naissance comme monnaie officielle en 1803 est au cœur de l’histoire de la Révolution et de l’Empire. Quant au franc belge, né il y a un siècle et demi, en 1850, et au franc luxembourgeois, le 20 décembre 1848, ils avaient déjà lié leur destin dans une union monétaire en 1921. Selon Paul Hammelmann, conseiller à l’association des Compagnies d’Assurances de Luxembourg, «les Luxembourgeois n’ont pas beaucoup d’état d’âme sur la disparition du franc luxembourgeois, puisque le pays partage sa monnaie avec la Belgique depuis 80 ans».
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