Les Français l’ont surnommée bien justement «la diva libanaise». Diva, elle l’est devenue, au fil des années, et Libanaise, elle l’a toujours été. Profondément. De plus, Magida el-Roumi est depuis le 16 octobre ambassadrice de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Ambassadrice des âmes blessées et des causes pour lesquelles elle se bat au quotidien, en chansons ou en silence. En toute discrétion et dignité, surtout. On dit de moi que je suis une femme à deux visages», confie-t-elle en lâchant un petit sourire. Magida el-Roumi l’artiste, la diva libanaise qui remue les foules du monde entier et Magida la femme, mère très présente auprès de ses deux filles, Hala, 20 ans, et Nour, 9 ans. Deux visages et une même beauté, une même authenticité. «La célébrité ? Je l’aime mais dans les limites de ce qui est juste. L’art ne mérite pas de changer, de se travestir. Je n’ai pas besoin de ces “signes extérieurs”, mais plus de gens dans ma vie qui m’aident à simplifier». Lorsque l’artiste qui triomphe en elle entre en scène, le visage fier, le regard franc, adressé à chacun dans l’assistance, elle se met à chanter secouant avec la puissance de ses mots les montagnes d’une terre qu’elle vénère. La cause acclamée haut et fort, celle d’un peuple libre, «toutes confessions confondues», elle y laisserait sa voix, sans regrets. La seconde pénètre après vous et fort discrètement ce grand bureau où sont affichées ses plus belles escales musicales, inoubliables rencontres avec un public admiratif, s’excusant d’avoir à parler à basse voix, sans doute l’a-t-elle cédé, provisoirement, lors de son dernier concert. «Approchez-vous, murmure-t-elle, on s’entendra mieux». De plus près, les confidences sont presque bienvenues, les questions se posent plus facilement, le contact devient moins formel. De si près, la chanteuse semble déposer les armes, découvrant le regard voilé, presque triste, d’une femme sereine. «J’ai, comme tout le monde, beaucoup de tristesse en moi, certaines choses me rendent heureuses, elles sont moins nombreuses que celles qui me touchent. La tristesse n’est pas l’aide, elle ne me fait pas peur, elle ne me gêne pas. Bien au contraire, je trouve qu’elle donne une certaine noblesse à l’individu». Elle poursuit, après un petit silence : «Lorsqu’on est jeune, on ne comprend que le bonheur autour de soi, sans être concerné par le malheur qui prend sa vraie dimension plus tard. On ne voit pas les choses comme elles sont mais comme on aimerait qu’elles soient». Pourtant, la petite fille qui est «née en chantant» sur les notes de son père, le grand compositeur Halim el-Roumi, demeure, avec bonheur, «convaincue que j’ai fait ce qui aurait dû être fait». Magida el-Roumi parlera alors d’une carrière réussie, que tout le monde connaît et applaudit fièrement, ses «premières fois», les débuts à Studio el-Fan en 1974 et un premier prix d’excellence, sa première chanson «Am behlamak ya hilm ya Loubnane, paroles de Saïd Akl et musique de Élias Rahbani, et sa première apparition cinématographique dans le film Retour de l’enfant prodigue, mis en scène par Youssef Chahine, elle recevra pour l’occasion le «trophée de la critique égyptienne». «Youssef Chahine est un second père pour moi. Je me sens totalement “chahinienne”. J’ai aimé l’Égypte à travers lui». Et enfin son premier album composé de six nouvelles chansons, paru en 1977. Son rêve de chanter sur scène sera rapidement comblé. Durant ces quelque vingt-sept années de carrière, elle s’en ira illuminer les plus belles planches du monde, celles de Tunisie, d’Algérie, des Émirats arabes unis, celles de Paris, du Palais des Congrès et de l’Olympia, plusieurs fois, le Carnegie Hall à New York ou encore le Royal Albert Hall à Londres. Elle y parlera à sa façon de la patrie, des martyrs des guerres qui finissent toutes par se ressembler, y revendiquera inlassablement le respect de l’individu et la liberté de la terre. Elle tient à clarifier : «Je n’appartiens à aucun parti politique mais au Liban. Lui seul m’intéresse, libre et souverain». La femme précisera : «Nous avons tous une mission à accomplir, non pas pour changer l’histoire mais son visage. Je suis venue pour chanter, rendre heureux ma famille et mon public, témoigner de la beauté et revenir à Dieu». Le 16 octobre dernier, Magida el-Roumi a été nommée ambassadrice à vie de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO, au même titre que Myriam Makeba, Dee Dee BridgeWater, Gilberto Gil ou encore Gina Lollobrigida. «Pour moi aujourd’hui, c’est la qualité de mon travail et de mon action qui prime». La qualité est dans tous ses engagements et même ses absences, dans ses nombreux concerts à travers le monde offerts pour les «bonnes causes», les causes justes et nobles, et jusque dans la discrétion qui l’entoure et le silence qui entoure ses actions. Le reste du temps qui lui reste, Magida regarde ses enfants grandir en écoutant Chopin, Charles Aznavour, Amalia Rodriguez ou encore Asmahan et en rêvant d’un Liban meilleur, «ce qui nous arrive est désolant, nous sommes les seuls à blâmer pour cela». Aam behlamak ya hilm ya Loubnan... Elle ne croyait pas si bien dire, la diva Magida.
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