Malgré les chants de Noël et les illuminations, New York s’apprête à vivre un premier Noël un peu triste, assombri par les attentats du 11 septembre qui ont fait plus de 3 000 victimes. L’arbre de Noël de Rockefeller Center est pourtant plus haut que celui des années précédentes et des chorales s’époumonent gaiement aux coins des rues et des parcs de la ville. Mais l’ambiance ne parvient pas à être réellement festive. Et les acheteurs se font rares. «J’ai l’impression que l’état d’esprit de la ville est sombre. Les gens ressentent le poids des milliers d’enterrements de ces trois derniers mois», explique Carole Nicholas, en achetant une peluche dans un magasin de jouets. «Personne n’oublie, même une seconde, que pour certains, ce Noël va être particulièrement éprouvant. En particulier pour les milliers d’enfants qui se retrouvent orphelins d’un père ou d’une mère depuis le 11 septembre», ajoute-t-elle. Mais pour sa fille Sarah, cinq ans, «nous faisons un effort et procédons aux petits rituels habituels – l’arbre, les cartes de vœux, les cadeaux – même si le cœur n’y est pas», ajoute cette femme qui a perdu un ami d’enfance dans l’attentat contre les tours du World Trade Center. «L’ambiance est triste aussi pour des raisons économiques», ajoute-t-elle. Son mari Robert a perdu son emploi, comme vingt de ses collègues, dans le bureau d’architectes où il travaillait depuis dix ans. «Il a été viré fin novembre», précise-t-elle avec une certaine amertume, soulignant que cela brise le «tabou» selon lequel on ne licencie pas pendant la période des fêtes, qui commence aux États-Unis fin novembre autour de Thanksgiving. Les vendeurs de plusieurs grands magasins confirment qu’ils ont moins de travail que les années précédentes, ce qu’ils attribuent à l’impact économique des attentats qui ont privé près de cent mille personnes de leur emploi. «Il y a beaucoup moins d’acheteurs que pendant ces dernières années», dit Suzanne Brown, vendeuse depuis dix ans dans l’immense magasin de jouets de la Cinquième avenue, FAO Schwarz. «L’an dernier, la saison des achats commençait dès octobre, alors qu’elle n’a commencé que récemment», indique-t-elle, précisant que le magasin n’avait retrouvé une affluence typique pour cette période que lors du week-end dernier. «La chose positive, c’est que les gens semblent avoir changé de comportement : ils sont plus patients, plus aimables. Avant, autour de Noël, les clients étaient souvent stressés, voire impolis», estime-t-elle, attribuant ce changement à l’impact de la tragédie du 11 septembre. Pas moyen d’échapper aux attentats, «même les jouets les plus vendus en sont un rappel permanent», selon la vendeuse. Cette année, les jouets les plus courus sont les poupées représentant des militaires et des pompiers. Dans un effort pour égayer leur Noël, la ville de New York a invité les petits orphelins des attentats à des fêtes et des spectacles, leur offrant des places gratuites pour le film Harry Potter ou pour la patinoire de Rockefeller Center. Les pompiers de la ville – qui ont perdu plus de 300 des leurs dans les tours jumelles du World Trade Center, laissant 607 enfants orphelins – et la société Cantor Fitzgerald – 1 300 orphelins – ont également organisé des fêtes pour les enfants. «Nous essayons de mettre un peu de joie dans la vie de ces enfants», explique Patrick Lynch, responsable d’une association qui a organisé le week-end dernier une réception pour les orphelins de policiers, dont 34 enfants qui ont perdu leur mère ou leur père le 11 septembre. «Mais je crains qu’il n’y ait pas grand-chose qui puisse alléger leur peine, ou faire que leur maison semble moins vide, surtout le jour de Noël».
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