En charrette sur la plage, les habitants de Gaza contournent le bouclage
le 14 décembre 2001 à 00h00
«J’ai l’impression d’être un trafiquant. Qu’est-ce qu’on a fait pour mériter ça». Talal Naïm peste sur sa charrette, qui cahote dans le sable. Depuis jeudi, les Palestiniens de la bande de Gaza doivent passer par la plage pour contourner la route, bloquée par l’armée israélienne. À la sortie sud de la ville de Gaza, un vieux parc d’attractions, où dorment depuis trop longtemps une grande roue rouillée et des auto-tamponneuses hors d’âge, sert de parking aux taxis jaunes qui ne peuvent poursuivre leur chemin. Des bulldozers israéliens, appuyés par des chars, ont déposé sur la route des blocs de béton et un énorme tas de sable. Impossible de passer en voiture, et même à pied. «Les Israéliens, qui protègent la colonie juive de Netzarim toute proche, nous tirent dessus si l’on traverse à pied», dit un adolescent. Mais comme il faut quand même passer pour rejoindre sa famille, aller au travail ou tout simplement continuer de vivre, les Gazaouis descendent sur la plage, une mince frange de sable léchée par les vagues, hors de portée de vue des soldats. « Chauffeur » de charrette Des charrettes y attendent les plus faibles. Un shekel (0,25 USD) le passager pour parcourir les 500 mètres qui les séparent de l’endroit où ils peuvent monter dans un autre taxi ou la voiture d’un proche pour continuer leur route. «Mais je ne demande rien à ceux qui ne peuvent pas payer», dit Youssef Islim, «chauffeur» de charrette, qui vient de transporter «un mourant vers l’hôpital». Sur ce demi-kilomètre, on croise de tout. Des centaines de gens à pied, des sacs de courses à la main ou un enfant dans les bras. Les charrettes se chargent aussi de cagettes de fruits et de légumes, de bouteilles de gaz, de bonbonnes d’eau et même de viande congelée malgré le soleil encore chaud. Les chevaux peinent dans le sable ou lorsqu’il faut remonter un peu la dune pour contourner une bouche d’égout qui crache une eau pestilentielle. Parfois, une charrette se renverse. Quand les attelages se croisent, on entend les «chauffeurs», qui ont ici le klaxon facile, hurler à l’autre de se pousser. Quelques voitures tout-terrain se fraient aussi un passage à vive allure. Des bulldozers tractent des voitures pour éviter qu’elles ne s’ensablent. Un tracteur emmène un mort, recouvert d’une simple couverture, entouré par ses proches. Des camions hésitent à se lancer sur un sable trop meuble.
«J’ai l’impression d’être un trafiquant. Qu’est-ce qu’on a fait pour mériter ça». Talal Naïm peste sur sa charrette, qui cahote dans le sable. Depuis jeudi, les Palestiniens de la bande de Gaza doivent passer par la plage pour contourner la route, bloquée par l’armée israélienne. À la sortie sud de la ville de Gaza, un vieux parc d’attractions, où dorment depuis trop longtemps une grande roue rouillée et des auto-tamponneuses hors d’âge, sert de parking aux taxis jaunes qui ne peuvent poursuivre leur chemin. Des bulldozers israéliens, appuyés par des chars, ont déposé sur la route des blocs de béton et un énorme tas de sable. Impossible de passer en voiture, et même à pied. «Les Israéliens, qui protègent la colonie juive de Netzarim toute proche, nous tirent dessus si l’on traverse à pied», dit...
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