Les marchés internationaux des changes ont connu une semaine néfaste pour le dollar, abandonné par les investisseurs qui s’inquiètent de l’état de santé de l’économie américaine avant et après la publication mercredi du Livre beige de la Réserve fédérale (Fed). Ce rapport, très suivi par les investisseurs et qui dresse un état des lieux de l’économie aux États-Unis toutes les six semaines, a fait ressortir une activité molle en octobre et début novembre, au lendemain de l’annonce, mardi, d’une nette dégradation de la confiance des consommateurs américains, dont l’indice établi par le Conference Board est retombé de 85,3 points en octobre à 82,2 points le mois dernier. Le climat entourant les marchés s’est davantage assombri par la suite, notamment après la publication hier de la deuxième révision des chiffres du produit intérieur brut (PIB) américain au troisième trimestre. Celui-ci a reculé de 1,1 % en rythme annuel au lieu de 0,4 % lors d’une première estimation en octobre, atteignant son plus bas niveau depuis la baisse de 2 % accusée au premier trimestre 1991, au milieu de la dernière récession. Cette contraction de l’activité économique devrait encore s’accentuer au quatrième trimestre selon le Bureau fédéral d’études économiques (NBER) qui a estimé, entre autres, que les cycles d’activité des États-Unis montraient que le pays était entré de fait en récession depuis mars dernier. Ce phénomène est venu donc paver la voie à un nouvel assouplissement du crédit par la Fed dont le comité de politique monétaire devrait se réunir le 11 décembre. Cela d’autant que le marasme économique se déroulait sans reprise de l’inflation dont l’indice calculé sur base du PIB n’a augmenté au troisième trimestre que de 2,2 % au lieu de 2,1 % initialement prévus. Cette perspective d’assouplissement monétaire, qui est censée creuser davantage l’écart entre le loyer du dollar, actuellement à 2 % et appelé à redescendre à 1,50 %, et les autres grandes monnaies, a été renforcée par l’annonce du groupement des directeurs d’achat de la région de Chicago que son indice d’activité aurait fléchi de 46,2 points en octobre à 41,1 points le mois dernier, surtout que cet indice préfigure en partie l’indice plus général des directeurs d’achat du pays (NAPM) qui sera publié après-demain. Plus tôt dans la semaine, les marchés ont été également déçus par la forte augmentation des demandes d’allocations chômage aux États-Unis de 54 000 dossiers la semaine dernière, témoignant de l’ampleur des suppressions d’emplois dues à la stagnation de l’économie après le 11 septembre. Compte tenu de toutes ces considérations, les opérateurs ont passé outre à l’annonce d’une augmentation plus forte que prévu de 12,8 % des commandes de biens durables en octobre aux États-Unis, qualifiée d’insignifiante par les professionnels dans la mesure où elle était liée à des achats occasionnels d’équipements après les attentats du 11 septembre. Cela étant, le dollar s’est montré très vulnérable dès le début de cette semaine, subissant la pression des ventes bénéficiaires après les gains qu’il avait accumulés depuis la mi-novembre. Il a poursuivi son décrochage à la veille du week-end après les mauvais chiffres du PIB américain, achevant la semaine hier à New York, sur un ton faible par rapport à la fin de la semaine dernière, comme suit : – 0,8960 pour un euro contre 0,8780, vendredi dernier – 1,4250 pour un sterling contre 1,4100 – 2,1825 DM contre 2,2275 – 7,3210 FF contre 7,4710 – 1,6415 FS contre 1,6665 – 2 161,00 lires contre 2 205,30 – 123,50 yens contre 124,35. Semaine volatile sur toutes les places boursières internationales Sur les places boursières internationales, les marchés américains des valeurs mobilières ont évolué d’une façon contrastée cette semaine, s’orientant vers le bas à Wall Street tout en continuant sur leur lancée de la semaine dernière sur la Bourse électronique du Nasdaq. Les investisseurs, déçus par les mauvaises statistiques publiées dès le début de la semaine, de la dégradation de la confiance des consommateurs américains à la forte baisse du PIB au troisième trimestre passant par les avertissements du Beige Book de la Fed sur l’état de l’économie et l’envolée des demandes hebdomadaires d’allocations chômage la semaine dernière, ont donc procédé à des ventes bénéficiaires qui ont pesé sur la tendance de la cote. Ce mouvement a été renforcé par la débâcle du courtier américain en énergie Enron qui est au bord de la faillite après que son rival Dynegy eut renoncé à le racheter. Plusieurs banques, dont notamment JP Morgan et Citigroup, ayant garanti des prêts accordés à Enron, ont été entraînées dans son sillage dans la crainte de troubles financiers. Pourtant, le secteur de la haute technologie a été soutenu cette semaine par l’annonce d’Intel qu’elle a mis au point un nouveau type de transistor, le TeraHertz, lui permettant de produire des semi-conducteurs beaucoup plus rapides. Cela d’autant que Morgan Stanley Dean Witter venait de relever la note Cysco System. De plus, les perspectives d’un nouvel assouplissement du crédit aux États-Unis après les mauvaises statistiques publiées cette semaine sont venues augmenter aux yeux de plusieurs analystes les chances de reprise de l’économie américaine dès le milieu de l’année prochaine. Dans cette attente, on a relevé à la veille du week-end quelques chasses aux bonnes affaires, profitant aux valeurs de la haute technologie et permettant à Wall Street de réduire ses pertes hebdomadaires. En effet, l’indice composite Nasdaq de la Bourse électronique est parvenu à augmenter ses gains d’une huitaine à l’autre de 1,69 % à 1 935,33 points contre 1 903,20 points à la fin de la semaine dernière, pendant que l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles réduisait ses dégâts à 0,82 % à 9 877,72 points contre 9 959,71 points pendant la même période. De leur côté, les Bourses européennes ont enchaîné plusieurs clôtures consécutives à la baisse cette semaine après les 25 % de hausse enregistrés en deux mois. Cela d’autant que la publication d’une série d’indicateurs américains plus mauvais qu’attendu est venue éloigner le scénario d’une reprise économique mondiale dès le premier trimestre de l’an prochain. Volatilité est donc le mot le plus important pour qualifier les marchés européens en ce moment à la lumière des données économiques ambivalentes des deux côtés de l’Atlantique. En effet, l’indice Extra Dax de la Bourse de Francfort a cédé à la fin de cette semaine 3,13 % à 4 989,91 points contre 5 150,97 points à la fin de la semaine dernière, ainsi que l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris qui a abandonné 2,14 % à 4 476,06 points contre 4 573,82 points et l’indice Footsie de la Bourse de Londres qui a perdu 1,69 % à 5 203,60 points contre 5 293,20 points pendant la même période. Quant à la Bourse de Tokyo, elle était à l’équilibre cette semaine, l’indice Nikkei a clôturé hier non loin de ses derniers niveaux de la semaine passée à 10 697,44 points contre 10 696,82 points, les investisseurs ayant opté pour le «wait and see» en attendant l’orientation de Wall Street la semaine prochaine.
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