La nouvelle médiation américaine a avivé et étalé au grand jour les divergences de fond entre le chef de la diplomatie israélienne, le travailliste Shimon Peres, et le Premier ministre de droite Ariel Sharon. M. Peres, qui a écarté pour le moment une démission du gouvernement, n’a pas hésité à critiquer pour la première fois publiquement mercredi soir M. Sharon, au moment même où l’envoyé spécial américain, le général Anthony Zinni, tente de parvenir à un cessez-le-feu entre Israël et les Palestiniens. Le principal désaccord porte sur les moyens de parvenir à une trêve. M. Sharon a réitéré hier qu’il exigeait une période de sept jours de «calme absolu» avant l’application du rapport Mitchell, du nom d’un ancien sénateur américain, censé conduire à la reprise des négociations sur un règlement final du conflit. M. Sharon, qui a quitté hier soir pour les États-Unis afin d’y rencontrer lundi le président George W. Bush, a dit à de multiples reprises qu’il «ne (négociera) pas sous le feu», c’est-à-dire tant que les attentats palestiniens n’auront pas cessé. M. Peres estime, au contraire, que le meilleur moyen d’arriver à un cessez-le-feu consiste à discuter des questions politiques ou de mesures telles que l’allégement du blocus militaire imposé aux territoires palestiniens sans attendre la fin des violences, qui ont fait un millier de morts en 14 mois. «Les négociations sur un cessez-le-feu doivent comprendre des éléments politiques, affectifs et économiques accompagnés d’une vision très large et c’est là où nous divergeons avec le Premier ministre», a affirmé mercredi soir M. Peres durant une réunion du Parti travailliste. «Cette divergence n’est pas seulement d’ordre technique. Il s’agit d’une question importante si l’on veut vraiment arriver à un cessez-le-feu, puis à des négociations politiques», a-t-il poursuivi. Conséquence logique de ce désaccord de principe, M. Peres a critiqué la nomination par M. Sharon du général de réserve Meir Dagan pour conduire les discussions avec l’émissaire américain et les Palestiniens. «Le groupe de Palestiniens nommés par (le président palestinien) Yasser Arafat pour les négociations avec Zinni comprend des responsables politiques que j’apprécie. C’était une occasion de parler avec eux en utilisant un langage politique et sérieux», a affirmé M. Peres. «Il faut mener des négociations globales avec quelqu’un qui n’ait pas seulement une expérience limitée, mais une vision politique large», a-t-il dit. Selon la radio, M. Peres considère qu’il correspond parfaitement à ce profil. Les médias israéliens ont indiqué en début de semaine que M. Peres trouvait le général Dagan «trop extrémiste» et déplorait que l’équipe de négociateurs soit d’un niveau trop bas, car composée uniquement d’experts techniques. La délégation palestinienne est, au contraire, formée de responsables de haut niveau qui ont tous participé aux négociations passées avec Israël. M. Peres a également critiqué M. Sharon mercredi lors d’une réunion du cabinet de sécurité en l’accusant d’avoir constitué «son propre ministère des Affaires étrangères», selon les médias israéliens. Le secrétaire du gouvernement, Gidon Saar, a confirmé à la radio militaire que M. Peres avait effectivement critiqué M. Sharon en ces termes. Il a toutefois assuré que ces divergences «ne menacent pas la stabilité du gouvernement» et annoncé une rencontre Peres-Sharon la semaine prochaine, dès le retour du Premier ministre des États-Unis. Un autre motif de friction porte sur le veto prêté à M. Peres à la nomination d’un proche de M. Sharon, Dore Gold, ancien ambassadeur à l’Onu, au poste-clé d’ambassadeur à Washington à partir de l’an prochain, a ajouté la radio militaire.
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