Dans le cadre du Xe Salon du livre qui s’est déroulé à Beyrouth, Patrick Drevet, un éminent écrivain de langue française, totalise aujourd’hui plus de vingt ouvrages. Ouvrages non élitistes et pas tout à fait pour tous publics, difficiles à classer, oscillant entre réflexion, philosophie, fiction et une certaine poésie. C’est avec un grand éclat de rire que Patrick Drevet déclare : «Je suis très Libanais en cela… tout comme votre terre est au carrefour des civilisations et des peuples, mon écriture tente de s’étendre à tous les genres littéraires. Et je voudrais surtout aboutir à une expression disant les choses directement et qu’on puisse la lire comme de la fiction ou un roman. Je ne désespère pas d’y arriver…» On l’aura compris, Patrick Devret n’est pas un simple «conteur», «romancier» ou «fabulateur» mais surtout un esthète de l’écriture, un plasticien qui «moule» avec précision sa pensée et «cisèle» ses phrases avec un soin d’orfèvre. Conseiller litteraire aux Éditions Gallimard depuis plus de seize ans (il confesse parcourir plus de 500 manuscrits par an), l’auteur des Petites études sur le désir de voir jette un regard attendri sur son premier roman écrit tout d’abord à la manière de Claude Simon, évitant l’emploi du «je» ou du «il». Remaniées, ces 300 pages jugées «abruptes et difficiles» se transforment sous les commentaires d’un narrateur qui fait revivre sentiments et sensations du passé. «Ce livre intitulé “Pour Geneviève”, dit Patrick Devret, était quand même une petite réussite par une forme que j’ai trouvée et il contient en germe tout ce que j’ai écrit». Féru de Julien Gracq (sujet de sa maîtrise ès lettres et sa préférence va non pas au Rivage des Syrtes mais au Beau ténébreux), ébloui par les premiers livres de Le Clézio, marqué par Descartes, influencé d’une certaine manière par Claude Simon, admirateur de Virginia Woolf, épris de la pellicule de Tarkovski, Fellini et Bresson, aquarelliste à ses moments perdus et se promenant volontiers et longuement dans les dédales de la peinture tout en affichant une sympathie pour les portraits (et cela se comprend par les zooms et les gros plans que sa plume opère sur l’anatomie humaine), Patrick Drevet avoue que les grands thèmes qui cimentent son œuvre sont le regard, le corps et la nature. Introspection, méditation et un certain romantisme font ici, en toute subtilité, bon ménage. Piqués au hasard de l’inspiration, titres révélateurs pour ne pas dire éloquents : Le sourire, Une chambre dans les bois, Le miroir aux papillons, Récit d’un geste… Pourquoi écrire ? «L’écriture est une recherche, dit cet écrivain né dans le Jura et dont il garde, avec vivacité, en mémoire, les paysages somptueux et flamboyants. C’est aussi une part d’isolement. Écrire est lié à une forme de sensibilité, à une histoire : je suis fils unique ! On écrit pour changer et agrandir son monde. Écrire c’est vivre…» À vous lire on serait tenté de penser à un certain érotisme, est-ce vrai ? «Plutôt sensualité que sexualité proprement dite, corrige Patrick Drevet. L’écriture pour moi est surtout une quête. D’ailleurs le titre de l’un de mes ouvrages est assez explicite : “Le vœu d’écriture”. Dans un vœu il y a un désir et en cela un texte n’est jamais définitif. Le sourire aurait très bien pu être un prétexte à roman. Eh non, je voulais écrire carrément sur le sourire». Et Beyrouth dans tout cela ? «Beyrouth a été pour moi une destination de rêve, confie Patrick Devret. Ça me semblait dans le même contexte que Monaco et l’Orient-Express… Et puis cette guerre a tout pulvérisé et le rêve s’est effrité. Finalement, venir à Beyrouth c’était l’angoisse de retrouver des ruines. Et voilà que je me trouve devant une ville riche, belle, étonnante. Je retrouve d’une part l’esprit arabe maghrébin et d’autre part une façon de vivre très occidentale. Et puis l’on est conquis par la gentillesse des Libanais, leur sourire, cet aspect avenant de tout contact humain et si désinteressé…» Beyrouth peut-elle être une source d’inspiration ? «Ce qui m’inspirerait beaucoup ce serait l’archéologie, dit-il en songeant aux splendides mosaïques de Beiteddine visitées l’après-midi même… Et vous savez que Gilgamesh a cherché le serpent de l’immortalité dans les cèdres du Liban». Lit-il des auteurs de nos rives? «Je connais la voix de Schéhadé, celle de Saadi et j’ai lu les voyageurs et les penseurs arabes». Du cinéma à la peinture en passant par la passion des mots à celle des voyages («Je rêvais d’aller en Amazonie»), Patrick Drevet fouille les sources secrètes qui nous illuminent ou nous abattent. En chantier et à l’œuvre déjà, «et pour changer, souligne-t-il, comme pour saisir l’insaississable, un travail sur la figure humaine, un portrait… la forme des yeux… Le fondement même de mon interrogation : le phénomène de la vie ! Il faut s’attaquer à des écueils pour se découvrir».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dans le cadre du Xe Salon du livre qui s’est déroulé à Beyrouth, Patrick Drevet, un éminent écrivain de langue française, totalise aujourd’hui plus de vingt ouvrages. Ouvrages non élitistes et pas tout à fait pour tous publics, difficiles à classer, oscillant entre réflexion, philosophie, fiction et une certaine poésie. C’est avec un grand éclat de rire que Patrick Drevet déclare : «Je suis très Libanais en cela… tout comme votre terre est au carrefour des civilisations et des peuples, mon écriture tente de s’étendre à tous les genres littéraires. Et je voudrais surtout aboutir à une expression disant les choses directement et qu’on puisse la lire comme de la fiction ou un roman. Je ne désespère pas d’y arriver…» On l’aura compris, Patrick Devret n’est pas un simple «conteur», «romancier» ou...