Certains mouvements islamistes suspectés de financement du terrorisme, dont ceux liés à Oussama Ben Laden et contre lesquels les États-Unis ont lancé une vaste opération, trouvent leurs capitaux par une opération à la base innocente, celle du prélèvement de la zakat. «Dans plusieurs pays arabes et musulmans, la zakat fait office d’impôt, et est collectée par des organisations caritatives, qui financent de “bonnes causes islamiques”, qu’ils ne définissent pas», a déclaré, sous le couvert de l’anonymat, un responsable arabe qui a longtemps suivi le dossier. Il a donné pour exemple l’Arabie séoudite, pionnier de ce système, où la fondation Ben Baz, du nom du grand mufti du royaume Abdel Aziz ben Baz décédé en 1999, est responsable de la collecte de la zakat dans ce pays qui applique la charia (loi islamique). «Des millions de dollars sont recueillis tous les mois par cette organisation à travers la zakat, ou des donations de riches séoudiens», relève-t-il. La situation est la même aux Émirats arabes unis, où parfois la zakat octroyée par chaque milliardaire s’élève à des millions de dollars. Impôt religieux, la zakat représente 2,5 % de la fortune totale des musulmans sunnites et 10 % de celle des chiites. «Les ONG qui gèrent cette aumône légale ainsi que des sociétés et des banques islamiques placent ces fonds, sans que le donateur ne sache dans quel projet spécifique ils sont investis», explique ce responsable. Plusieurs fatwas (décret religieux) ont légalisé l’utilisation de ces sommes colossales pour le soutien des causes islamiques. «Le problème c’est que la forme de ce soutien n’est pas spécifié et souvent il va à l’achat d’armements pour des groupes islamistes et non pas à l’aide humanitaire», souligne-t-il. Il cite en exemple les millions de dollars versés dans les années 80 par des organisations séoudiennes aux Afghans, lors de leur lutte contre les forces soviétiques, avec l’encouragement des États-Unis. Plus tard, des fonds ont été alloués de la même manière à Ben Laden et aux réseaux qu’il dirige, aux musulmans tchétchènes et de Bosnie, aux musulmans du sud des Philippines et au mouvement du dirigeant islamiste Abu Sayyaf, ainsi qu’à des dizaines d’autres mouvements islamistes dans le monde, des Balkans, à l’Asie et à l’Amérique du Sud, précise-t-il. Selon lui, «près de 3 000 écoles islamiques ont été établies au Pakistan» grâce au financement dû à la zakat de riches membres de la famille royale séoudienne, qui veulent propager le wahhabisme, leur version fondamentaliste de l’islam. «Les talibans et les islamistes extrémistes du Pakistan ont eu leurs diplômes dans ces écoles, explique-t-il. L’ironie, c’est que l’argent de la zakat des Séoudiens a soutenu et renforcé Ben Laden, qui utilise aujourd’hui ces fonds pour combattre le régime séoudien», qu’il dénonce pour avoir permis la présence de forces américaines sur son territoire, depuis la guerre du Golfe en 1991. «Un monstre a été créé et il est incontrôlable. Le système est bien implanté et ses activités sont difficilement détectables», a-t-il dit. Plus compliqués encore sont les fonds alloués par des conglomérats financiers géants, à des organisations islamistes extrémistes. «Ces compagnies utilisent les pourcentages des transactions pour soutenir des réseaux extrémistes, se targuant ainsi de ne pas empocher les intérêts bancaires, jugés contraire à la charia», ajoute le responsable. Ainsi, al-Baraka, connu sous le nom de al-Barakaat aux États-Unis, a été accusé par le président américain George W. Bush de contribuer au financement du réseau el-Qaëda d’Oussama Ben Laden.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Certains mouvements islamistes suspectés de financement du terrorisme, dont ceux liés à Oussama Ben Laden et contre lesquels les États-Unis ont lancé une vaste opération, trouvent leurs capitaux par une opération à la base innocente, celle du prélèvement de la zakat. «Dans plusieurs pays arabes et musulmans, la zakat fait office d’impôt, et est collectée par des organisations caritatives, qui financent de “bonnes causes islamiques”, qu’ils ne définissent pas», a déclaré, sous le couvert de l’anonymat, un responsable arabe qui a longtemps suivi le dossier. Il a donné pour exemple l’Arabie séoudite, pionnier de ce système, où la fondation Ben Baz, du nom du grand mufti du royaume Abdel Aziz ben Baz décédé en 1999, est responsable de la collecte de la zakat dans ce pays qui applique la charia (loi...