Les recherches pour retrouver les corps des victimes des inondations tragiques qui ont touché Alger et, plus particulièrement, le quartier de Bab el-Oued se sont accélérées hier avec l’entrée massive des engins lourds pour déblayer les amas de boue dans la crainte d’épidémies. Dans ce quartier populaire de l’ouest d’Alger commence à flotter l’odeur des cadavres putréfiés et les secouristes semblaient désespérer de retrouver des survivants. Jusqu’à présent, seules deux personnes ont été retrouvées vivantes dimanche, moins de 24 heures après cette catastrophe sans précédent en Algérie. Les secouristes ont encore extirpé 57 corps, mardi et mercredi, des gravats et de la terre, selon des responsables des secours dans ce quartier. Bab el-Oued a payé le plus lourd tribut avec plus de 500 victimes, selon ces sources. Les inondations catastrophiques ont fait 604 morts à Alger, selon un bilan officiel établi mercredi. Ce même bilan fait état de 651 victimes dans l’ensemble du pays. Selon ce bilan arrêté mercredi à 16h00 (15h00 GMT), 318 personnes ont été blessées, dont 300 dans la capitale. Un précédent bilan officiel faisait état lundi soir de 583 victimes, dont 538 à Alger, et 300 blessés. La presse estime que ce bilan pourrait atteindre, voire dépasser, un millier dans les jours à venir, les recherches n’étant pas encore achevées. Des bulldozers, des pelleteuses et autres engins lourds de déblaiement sont entrés massivement en action pour dégager d’énormes masses de boue et de terre qui atteignent à certains endroits 6 mètres d’épaisseur. Les autorités craignent l’apparition d’épidémies si les recherches pour retrouver des survivants devaient se poursuivre. Des odeurs nauséabondes de cadavres se dégagent des amas de terres ayant englouti certaines rues de la ville. Le nombre des disparus était évalué mercredi entre 200 et 400, selon les journaux, et le quotidien à grand tirage el-Khabar n’hésitait pas à titrer en une : «La capitale dort sur des cimetières». Là où les pelleteuses et les bulldozers n’étaient pas encore utilisés, les sauveteurs poursuivaient sans relâche leurs fouilles mercredi, mais leur tâche n’est pas aisée. «Les ruelles de Bab el-Oued sont devenues difficiles d’accès, cela complique notre travail», avouait, avec une certaine lassitude, un responsable des secours qui n’est pas rentré chez lui depuis samedi. Des équipes d’épidémiologie ont été dépêchées dans ce quartier pauvre d’Alger pour contrôler la qualité des eaux potables par crainte de maladies à transmission hydrique (MTH). Les autorités craignent également que les cadavres ne transmettent d’autres maladies. Par ailleurs, le relogement des 1 500 familles sinistrées est devenu un véritable casse-tête pour les autorités assaillies par les demandes légitimes ou non. Le sous-préfet de Bab el-Oued a affirmé que, profitant de la confusion, de nombreuses familles non touchées par les inondations se font passer pour des sinistrés en vue d’obtenir un logement plus grand ou encore un appartement supplémentaire. Il a estimé que plus de 90 % des demandeurs de logement étaient de «faux sinistrés». Cette situation va entraîner un retard dans le relogement des véritables nécessiteux. Le président Abdelaziz Bouteflika avait déclaré, lors de sa visite lundi dans le quartier, qu’«il n’y avait pas de caverne d’Ali Baba» et mis en garde ceux qui voudraient «profiter de cette tragédie».
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