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Actualités - Chronologies

Un pays peuplé de guerriers, mais sans hommes politiques

Le projet de l’Onu d’installer un gouvernement de transition à Kaboul pourrait se heurter à l’absence de relais politique en Afghanistan, peuplé de guerriers mais sans leader ni partis politiques. «L’opération militaire a pris de vitesse les politiques. En fait, il n’y a pas véritablement d’hommes politiques représentatifs en Afghanistan ni de partis : ce sont les chefs de guerre qui dirigent, et le fusil commande au politique», a estimé hier le directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), Pascal Boniface. «Le problème, a dit un analyste à Paris qui a requis l’anonymat, est qu’il n’y pas véritablement de leader politique en Afghanistan. Il existe, de fait, un “vide politique” que les nombreux combattants et chefs de tribus ne peuvent combler». Selon lui, même la «loya jirga» afghane, la «grande assemblée» de notables en pachtou, ne pourrait assumer véritablement ce rôle d’organe décideur d’une politique à venir, notamment pour la formation d’un gouvernement de transition pouvant organiser des élections dans l’avenir. «La “loya jirga”, explique-t-il, est une création des Pachtouns. Les autres ethnies afghanes, comme les Ouzbeks et les Tadjiks, qui constituent l’Alliance du Nord, ne se reconnaissent pas en elle». L’Alliance du Nord est-elle prête pour autant à un partage du pouvoir? «C’est encore l’incertitude, explique Pascal Boniface. Ils ont pris le pouvoir rapidement, ils pourraient être enclins à le garder. Mais de leur réponse aux prochaines propositions de l’Onu dépendra l’avenir de l’Afghanistan». La déroute des talibans ne donne pas l’assurance d’une défaite des terroristes en Afghanistan, avertissent en outre experts et analystes. «Qui tient Kaboul ne tient pas tout l’Afghanistan», rappelle d’abord Jean-Vincent Brisset. Mais, même vaincus en Afghanistan, y compris à Kandahar, leur fief dans le sud du pays, les talibans peuvent encore compter sur un sanctuaire d’où il sera beaucoup plus difficile de les déloger : la vaste région des deux côtés de la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, où vivent les tribus pachtounes, selon divers experts. Dans ces zones tribales qui échappent à tout pouvoir, y compris côté pakistanais, les «talibans seront entièrement libres», assure M. Brisset. Le risque est donc grand qu’ils n’y reconstruisent des bases à buts terroristes, et dans ce cas «on aura simplement déplacé le problème», souligne-t-il. Cet avis est partagé par François Godement, chercheur auprès de l’Institut français des relations internationales (IFRI), pour qui un scénario pessimiste, mais très plausible, voit la «nébuleuse talibane se replier au Pakistan». Plusieurs experts notent à ce sujet que Kaboul est tombé presque sans combat et que les forces des talibans n’ont pas connu beaucoup de pertes.
Le projet de l’Onu d’installer un gouvernement de transition à Kaboul pourrait se heurter à l’absence de relais politique en Afghanistan, peuplé de guerriers mais sans leader ni partis politiques. «L’opération militaire a pris de vitesse les politiques. En fait, il n’y a pas véritablement d’hommes politiques représentatifs en Afghanistan ni de partis : ce sont les chefs de guerre qui dirigent, et le fusil commande au politique», a estimé hier le directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), Pascal Boniface. «Le problème, a dit un analyste à Paris qui a requis l’anonymat, est qu’il n’y pas véritablement de leader politique en Afghanistan. Il existe, de fait, un “vide politique” que les nombreux combattants et chefs de tribus ne peuvent combler». Selon lui, même la...