Plus de 300 d’entre eux ont péri en faisant leur devoir le 11 septembre dans les tours jumelles du Word Trade Center, mais hier c’est là où ils habitent, dans la presqu’île de Rockaway, que les pompiers de New York ont été touchés par le drame. L’Airbus d’American Airlines s’est écrasé sur des maisons de cette langue de terre proche des pistes de l’aéroport John F. Kennedy. Si elle fait partie du quartier du Queens, la presqu’île est un monde à part, tellement différent de celui de Manhattan, dans lequel vivent depuis des générations des policiers et des pompiers. «Si cela pouvait être encore pire, ce drame est arrivé dans cette communauté qui a été si durement touchée par la catastrophe du World Trade Center», a déclaré sur les lieux le maire de New York, Rudolph Giuliani. «Les gens d’ici sont formidables», a-t-il ajouté. Après les attentats du 11 septembre, une trentaine de funérailles ou de cérémonies du souvenir ont été organisées en l’église Saint-François de Salles, à quelques centaines de mètres de la station service sur laquelle est tombé un des réacteurs de l’appareil. En tout, la presqu’île pleure déjà 75 habitants tués ou portés disparus dans les ruines du World Trade Center. «Cette paroisse à elle seule a perdu 30 personnes le 11 septembre. Il y avait un enterrement prévu aujourd’hui», indique Anthony Weiner, un élu local accouru sur les lieux. «C’est comme un terrible contrecoup après un tremblement de terre. Une autre catastrophe tombée du ciel». Une douzaine de maisons seulement ont été touchées dans ce quartier de classe moyenne où elles sont serrées les unes contre les autres. L’avion est en effet, selon tous les témoins, tombé comme une pierre, verticalement, sans tenter d’atterrir. Dans les jardins alentour, des uniformes de pompiers pendent sur les cordes à linge. De nombreuses voitures portent sur le pare-brise l’insigne du Fire Department de New York (département des pompiers de New York). «À l’origine, c’est un quartier très irlandais, explique Catherine Gormley, qui habite la maison en face de la station service touchée. C’est un quartier très calme, proche de la ville mais au bord de l’océan. Un quartier idéal pour élever une famille et les pompiers sont souvent des pères de famille». Son fils est membre du corps de pompiers et sa fille, infirmière, a foncé au centre de triage des victimes installé à trois rues de là. Casque sur la tête, le rabbin Joseph Potasnik, qui travaille au Fire Department (service des pompiers), s’éloigne des lieux de la catastrophe. «La plus grande tragédie en ce qui concerne le nombre de pompiers tués le 11 septembre a touché ce secteur, explique-t-il. Il y a ici une concentration de pompiers que vous ne trouverez nulle part ailleurs dans New York». Les véhicules rouges des pompiers et les ambulances sont garés dans tous les sens dans les rues avoisinantes. Quand ils ont terminé, certains pompiers vont se reposer, boire ou manger chez des amis ou des collègues. Les visages sont graves, des femmes aux yeux rougis apportent du café. Sur le pare-brise d’un camion, une affichette : «Wanted Ben Laden». Sous la photo du chef du réseau el-Qaëda, instigateur selon les États-Unis des attentats du 11 septembre, cette inscription: « Mort ou vif», mais la mention «vif» a été barrée au feutre noir.
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