Intellectuels et dignitaires religieux arabes estiment que la poursuite des frappes contre l’Afghanistan pendant le mois de jeûne du ramadan va accroître le ressentiment antiaméricain dans le monde arabe et musulman, si aucune initiative n’est prise pour résoudre le problème palestinien. «Le premier crime des Américains est d’avoir lancé la guerre contre un peuple pauvre et misérable en Afghanistan, ce qui constitue un crime contre l’humanité. Le deuxième sera de poursuivre cette guerre durant le ramadan», a indiqué le dirigeant islamiste jordanien Abdel Latif Arabiyat. «C’est une provocation, car le ramadan est un mois qui a un caractère particulier pour tous les musulmans», selon M. Arabiyat, chef du Parti du front d’action islamique. «Si les États-Unis étaient sincères dans leur affirmation qu’ils respectent l’islam et que leur guerre n’est pas contre l’islam mais contre le terrorisme, ils doivent cesser les frappes durant le mois du jeûne», a-t-il ajouté. Du point de vue islamique, rien n’interdit les guerres durant le ramadan. Le prophète Mahomet a choisi ce mois pour la conquête de La Mecque en 630. Mais le sociologue Serri Nasser craint que la poursuite durant le ramadan des attaques américaines contre l’Afghanistan, commencées le 7 octobre, ne radicalise davantage les intégristes musulmans. «Les sentiments négatifs envers les États-Unis seront exacerbés», a-t-il jugé. De nombreux dirigeants du monde arabe ont appelé Washington à cesser ses frappes durant le mois de jeûne musulman, pour éviter la poussée des sentiments antiaméricains. «L’état d’esprit des musulmans au cours de ce mois est un élément qui doit être pris en considération», a estimé M. Serri. De même, la diffusion quotidienne des rapports des médias sur les bombardements en Afghanistan et les images télévisées montrant des enfants tués ou mutilés aura un effet contre-productif, a-t-il jugé. «Les États-Unis sont maladroits et insensibles», a pour sa part jugé Kamal Salibi, professeur d’histoire à l’Université américaine de Beyrouth et directeur de l’Institut royal pour les études interreligieuses en Jordanie. «Les États-Unis s’efforcent laborieusement de démontrer qu’ils ne combattent pas l’islam, mais ils le font maladroitement», a-t-il estimé. «Ils disent au monde: vous êtes “soit avec nous soit contre nous”. C’est irrationnel car certains peuvent dire “nous ne sommes ni avec vous ni contre vous”», selon M. Salibi. C’est seulement en favorisant un règlement du conflit israélo-palestinien, l’établissement d’un État palestinien et la fin de l’occupation des territoires arabes, que les États-Unis peuvent s’attirer la sympathie des Arabes et des musulmans, a-t-il souligné. S’adressant samedi à l’Assemblée générale de l’Onu, le président américain George W. Bush a souhaité qu’un jour «deux États, Israël et la Palestine, vivent ensemble en paix dans des frontières sûres et reconnues, comme demandé par les résolutions des Nations unies». Il a toutefois prévenu que «la paix ne viendra que quand tous auront répudié pour toujours l’incitation à la violence et à la terreur». Cette déclaration a été favorablement accueillie par les Palestiniens et les Arabes, qui il y a quelques jours avaient été déçus par le fait que M. Bush ait clairement et publiquement exclu tout lien entre une victoire contre le réseau terroriste el-Qaëda de l’islamiste d’origine séoudienne Oussama Ben Laden et un règlement du conflit israélo-palestinien.
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