Au-delà de l’ouverture des marchés, une adhésion à l’OMC implique à terme pour les pays arabes, autoritaires dans leur grande majorité, une libéralisation politique, estiment des experts. L’OMC ne pose pas de conditions politiques à l’adhésion. Mais les pays qui s’y joignent doivent s’attendre à des retombées de nature politique, indique Brian Constant, directeur de la Middle East Association, société indépendante qui s’occupe de promouvoir les investissements britanniques au Proche-Orient. «Inévitablement, explique-t-il, une adhésion à l’OMC signifie que le secteur privé aura un rôle plus important, et que celui du gouvernement sera moindre». «À mesure que l’influence du secteur privé augmente, elle aura un impact sur le processus de prise de décision du gouvernement, et cela devrait mener, à moyen ou à long terme, à une libéralisation politique», ajoute-t-il. M. Constant souligne cependant que ce processus ne passera pas sans résistance des gouvernements arabes «très réticents à perdre de leur pouvoir». L’Égypte, qui a adhéré à l’OMC dès 1995, constitue un exemple : le paysage politique y est resté le même, et il n’y a pas eu d’autorisation de création de parti politique véritablement nouveau depuis 1978. D’après Kamel al-Saïd, professeur d’économie à l’Université du Caire, les conséquences sont à attendre sur le long terme, dans le domaine social, avec une augmentation du chômage due à la fermeture de certaines industries en raison de la concurrence étrangère, et in fine politique. Pour l’économiste jordanien Fahd Faneq, démocratie et libres échanges «vont normalement de pair. Les démocraties dans le monde ont une économie libérale, et les dictatures ont toutes des économies fermées», relève-t-il. Le directeur général de l’OMC, Mike Moore, a donné le ton dès juin, dans un discours adressé aux pays arabes. «Une adhésion constitue un engagement envers un État de droit et une bonne gouvernance» a-t-il dit. Pour lui, il y a deux avantages dans l’OMC pour les pays arabes : avoir accès à de nouveaux marchés pour leurs exportations et «attirer des investissements étrangers, et les technologies précieuses qui vont avec». Mais là aussi, il faudra une réforme des régimes arabes. «Si vous voulez plus d’investissements, alors il faut adopter des normes de transparence, de responsabilité et un État de droit», fait valoir l’économiste séoudien Ihsan Buhulaiga. D’après les chiffres des Nations unies, les pays arabes n’ont attiré en 1999 que 9 milliards de dollars en investissements étrangers, autant que l’Afrique. Par comparaison, l’Europe centrale et orientale a attiré 21 mds USD. La région du Golfe, la plus riche du monde arabe, a attiré 5,4 mds USD, alors que ses pétrodollars investis à l’étranger sont estimés à 800 mds USD. Les attentats du 11 septembre ont contribué à ternir encore plus l’image des pays arabes auprès des investisseurs. «Pas un seul investisseur étranger ne s’est manifesté depuis», indique le prince Abdallah ben Fayçal ben Turki, président de l’Autorité générale des investissements en Arabie séoudite, pays candidat depuis 1996 à l’OMC. Actuellement, 11 des 22 membres de la Ligue arabe font partie de l’OMC : Bahreïn, Djibouti, Égypte, Jordanie, Koweït, Maroc, Mauritanie, Oman, Qatar, Tunisie et Émirats arabes unis. Cinq sont candidats : Algérie, Arabie séoudite, Liban, Soudan et Yémen.
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