Le XV d’Angleterre reste la meilleure équipe de rugby du monde, si l’on ajoute sa victoire contre l’Australie (21-15), samedi à Twickenham, à l’ensemble de ses résultats depuis le début de 2001, tournoi des Six Nations inclus. En remontant un peu plus loin, c’est-à-dire à la victoire de l’an dernier (22-19), mais à la dernière seconde, contre ces mêmes Wallabies, champions du monde et vainqueurs du Tri-Nations de l’hémisphère sud, on peut ajouter que le XV à la Rose a encore progressé. «Il faudra que je regarde la vidéo», a dit Eddie Jones, le nouveau patron des Wallabies. Il faudra aussi qu’il regarde les statistiques du match, et ce chiffre étonnant : 6 minutes de possession du ballon en première période, contre 18 minutes pour des Anglais remontés comme des pendules, à cause de cette défaite en Irlande (20-14) et de ce troisième grand chelem envolé. Les Australiens ont rétabli l’équilibre en deuxième période, mais il était trop tard, car Jonny Wilkinson était dans un bon jour et Matthew Burke peu inspiré. Plus embêtant encore, les dix changements opérés par Clive Woodward à la suite du guet-apens de Dublin étaient autant de réussites, tous les Anglais mordant dans le ballon comme aux plus belles heures du printemps. «OK, on n’a pas marqué d’essai, mais ça ne m’empêche pas d’être ravi. Nous avons battu la meilleure équipe du monde, à la régulière, vous ne voulez quand même pas que je pleure ?», a dit un Woodward vexé par les critiques récentes de la presse anglaise, et heureux de pouvoir renvoyer son bilan à la figure de tous les dits «experts», notamment les anciens joueurs. « Situation très saine » «Ça fait deux ans ou trois ans qu’on est tout là-haut avec les meilleurs. Ce n’est pas parce qu’on perd un match de temps en temps qu’il faut paniquer et revenir en arrière. J’ai presque envie de faire jouer Jason Robinson demi de mêlée contre la Roumanie, comme ça vous pourrez continuer à délirer et à me traiter de romantique», a ajouté Woodward, en ne plaisantant qu’à moitié. Le patron du XV à la Rose est tout sauf un romantique, plutôt un pragmatique : «Le but, c’est de gagner des matches, pas de marquer des essais. On va continuer à avancer. Je suis très fier des joueurs et de tout l’encadrement. La situation est très saine dans le rugby anglais». L’an dernier à la même époque, Woodward sortait d’une menace de grève des joueurs, dans un climat pourri entre clubs et fédération. Depuis, tout s’est arrangé, sauf le calendrier, alourdi cet été par la décevante tournée des Lions britanniques en Australie. C’est l’autre satisfaction des Anglais, dont 18 étaient de cette tournée : une belle revanche contre les champions du monde. Quant à Woodward, il continue à prouver qu’il est un meilleur patron que Graham Henry, le maître d’école néo-zélandais qui dirigeait les Lions cet été, et toujours le XV de Galles. «L’Argentine a battu le pays de Galles ? Oh dear (oh la la) !», a souri Woodward, samedi, sans chercher à masquer son contentement. Dans la jungle du rugby mondial, la concurrence est acharnée et chaque résultat compte.
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