Les sanglantes batailles du féminisme une fois gagnées, tout le monde a la nostalgie de la femme-tendresse, douceur, émotion... Qui l’aurait cru? Notre temps avoue avoir envie de retrouver l’image d’une femme vulnérable, disponible, sentimentale... La publicité, cet implacable miroir des mœurs, sans le vouloir, trahit haut et fort cette tendance. Au Liban, la manifestation est encore voilée peut-être parce que l’émancipation a été beaucoup plus feutrée qu’en Occident, mais chez nous aussi on réalise que de graves injustices frappent encore le sexe «faible», les excès des partisanes «dures et pures» ont brouillé les cartes. En d’autres termes, hommes et femmes reviennent sur certains clichés du passé... Le phénomène est général, d’ailleurs le discours féministe dénonce toujours inégalités et injustice, mais si l’argumentation est mieux structurée, le ton est moins polémiste... Les images de la publicité reflètent cette réconciliation. Les prototypes masculins ne sont plus ceux du passé et les femmes osent sans réticence se montrer timides, tristes ou nostalgiques. Les films publicitaires donnent de plus en plus, en Occident, la priorité à l’émotion plutôt qu’au choc. Une larme coule sur le visage pour trahir le désarroi de celle qui a oublié d’employer le bon produit. L’imagerie publicitaire ignore la femme arrogante, revancharde, inébranlable, au profit d’une autre plus sensible, plus subtile et surtout plus attachante. Même si la société poursuit impitoyablement son trie éliminant les faibles, les désarmées, les pleurnichardes, le cœur penche vers la femme mère et sœur, tendre et sensible... Il y a longtemps, bien longtemps, qu’on avait oublié qu’une larme qui coule sur la joue d’une femme est l’argument le plus convaincant, le plus efficace. Le flair publicitaire s’est emparé du filon. Pour mieux convaincre, il fragilise la femme. Tandis que la société trie et jette, élimine les faibles, les désarmés, exigeant la performance, la réalisation, la pub oppose le sentiment, l’émotion, l’étincelle dans l’opacité noire... La femme écorchée, fragile telle que représentée aujourd’hui non seulement dans la publicité mais aussi le cinéma et la littérature, illustre le désarroi, la difficulté d’être dans un monde carnivore. Les larmes, l’aveu de sa détresse et de sa vulnérabilité constituent sa défense et assurent sa survie... Ce qui nous ramène des siècles en arrière... Aux temps des beautés pâles et diaphanes qui attendaient les mâles pour apaiser leur corps et rafraîchir leurs yeux... Quand on dit que la vie et le monde ne sont qu’un perpétuel recommencement...
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