Les images d’avions percutant le World Trade Center ont créé l’effroi, mais pour beaucoup d’experts le pire est peut-être à venir : la menace terroriste pourrait à l’avenir devenir nucléaire. Qu’il s’agisse du crash d’un avion de ligne sur une centrale nucléaire, ou de l’explosion d’un engin atomique dans une grande ville américaine, le terrorisme nucléaire paraissait inconcevable il y a seulement deux mois. Mais les attentats du 11 septembre à New York ont définitivement changé la donne, estime l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’organisme de l’Onu chargé de surveiller les centrales nucléaires dans le monde entier. «La volonté des terroristes d’aller jusqu’au suicide pour atteindre leurs objectifs maléfiques rend la menace du terrorisme nucléaire beaucoup plus probable qu’avant le 11 septembre», a indiqué le directeur général de l’AIEA, Mohamed el-Baradei. La peur du terrorisme a porté essentiellement sur le bacille du charbon ces dernières semaines, alors que 17 cas de la maladie ont été détectés aux États-Unis et quatre personnes sont décédées. Mais lors d’une réunion de l’AIEA vendredi à Vienne, le terrorisme nucléaire était sous les projecteurs, et les experts se sont montrés pessimistes sur les chances de la planète de contrer une telle menace. Peu de gens doutent que des organisations terroristes comme el-Qaëda souhaitent acquérir l’arme nucléaire. La question que chacun se pose est : peuvent-ils l’acquérir ? «Comme le montrent les événements du 11 septembre, el-Qaëda ne craint pas de recourir au terrorisme de masse», explique Jerrold Post, un expert américain. «D’un point de vue psychologique, un cap a été franchi. Il n’y a pas de raison de penser que les terroristes soient limités à un certain type d’arme, si ce n’est par un manque d’expertise technique». Mohamed el-Baradei estime que l’acquisition d’une bombe nucléaire par des terroristes serait un «scénario d’apocalypse». «C’est évidemment le scénario le plus terrifiant, mais aussi le moins vraisemblable», a-t-il indiqué, en ajoutant : «Rien n’est exclu... il faut tenir compte de cette possibilité». Pour d’autres, depuis le 11 septembre, le scénario redouté est celui d’un avion de ligne percutant une centrale nucléaire. Des responsables de l’AIEA ont souligné qu’un tel scénario ne conduirait pas nécessairement au désastre, du fait des protections particulièrement solides autour des réacteurs. Mais l’organisation écologiste Greenpeace a estimé dans un communiqué que, «dans le pire scénario, un réacteur pourrait commencer à fondre en moins d’une heure, dégageant une radioactivité comparable à celle de Tchernobyl». La troisième inquiétude majeure est celle d’une «bombe sale» : une combinaison de matériaux radioactifs que l’on pourrait faire sauter avec des explosifs conventionnels. Pour l’AIEA, c’est la menace la plus crédible. «Le nombre de sources de radioactivité dans le monde est très élevé», explique un rapport de l’agence, et «la sécurité des sources de radioactivité médicale et industrielle est faible dans certains pays». L’AIEA, qui cherche à obtenir une augmentation de 15 % de son budget pour faire face à la nouvelle menace, entend publier un rapport sur le sujet fin novembre. Mais pour l’Institut de contrôle nucléaire (NCI), basé à Washington, la réponse de l’AIEA est trop faible et trop tardive. «La seule décision importante que l’AIEA devrait prendre est d’appeler à l’arrêt immédiat de la production et de l’utilisation de matériaux nucléaires», estime le dirigeant de NCI, Paul Leventhal, pour qui «le temps des discours est révolu».
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