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Actualités - Chronologies

Les musulmans du Tatarstan sous haute surveillance des autorités russes

Les musulmans du Tatarstan font l’objet d’une stricte surveillance des autorités qui redoutent de voir la guerre en Afghanistan déstabiliser cette République du centre de la Russie, où la moitié de la population suit les préceptes de l’islam. «Avec les attentats, l’Amérique a trouvé une bonne raison d’attaquer l’islam en Afghanistan comme la Russie l’avait fait en Tchétchénie», estime Malik Ibrahim Youldouz, directeur d’une école coranique à Naberejnye Tchelny, une ville industrielle sinistre, dont les 600 000 habitants sont aujourd’hui frappés de plein fouet par le chômage. Malik, un Tatar à la barbichette rousse, est rentré l’année dernière d’Arabie séoudite où il a étudié pendant quatre ans avant de prendre la direction de cette école dont les autorités russes voudraient obtenir la fermeture car l’un des auteurs présumés des attentats de Moscou en septembre 1999 y a étudié pendant quelques mois. «Nous n’avons jamais formé de terroristes. Et puis, avec un tel raisonnement, il faudrait fermer l’université de Kazan, la “capitale” du Tatarstan, puisque Lénine, le plus grand criminel du siècle, y a étudié», ironise d’une voix douce cet homme érudit. «On fait actuellement pression dans le monde entier contre l’islam. La Russie est injuste à l’égard de cette religion. Les médias d’État ignorent purement et simplement l’existence de 20 millions de musulmans vivant dans ce pays», conclut Malik. La République du Tatarstan, dans la région de la Volga, compte 51 % de Tatars, de confession musulmane, et 43 % de Russes, en majorité de religion orthodoxe, selon les chiffres officiels. Depuis la fin de l’URSS, le nombre de mosquées dans cette République de 3,8 millions d’habitants est passé de 17 à plus d’un millier. Les ultranationalistes du Tatarstan, qui réclament l’indépendance de cette République, ont eux aussi trouvé dans les bombardements en Afghanistan un écho à leur combat. Des slogans contre les frappes américaines ont été entendus pour la première fois en Russie lors de la traditionnelle manifestation du 15 octobre à Kazan, date de la prise de la ville par Ivan le Terrible, en 1552, considérée comme «un jour de deuil» par les nationalistes qui y voient le début de la «colonisation russe». «Depuis que (le président russe Vladimir) Poutine est arrivé au pouvoir, les libertés ont régressé. Le ministère des Nationalités (chargé des minorités) a été supprimé. Les musulmans de ce pays sont mécontents», lance Rafis Kachapov, le responsable du centre tatar de Naberejnye Tchelny, dont le bureau est décoré d’une affiche de La Mecque. Ce petit homme moustachu affirme que 70 personnes se sont adressées à son organisation pour aller se battre en Afghanistan aux côtés des taliban «pour l’islam, contre l’Amérique ou pour de l’argent». La surveillance tatillonne des services de sécurité et les tracasseries risquent de conduire certains islamistes à la clandestinité, avertit M. Kachapov. «On étudiera le Coran dans des appartements privés et ce sera encore plus dangereux car on ne sait pas quel enseignement sera dispensé», explique-t-il. Sans aller jusqu’à cette situation extrême, le numéro deux de l’Université islamique de Russie, dont la première promotion d’imams sortira l’année prochaine, reconnaît que cet établissement de Kazan qui accueille 140 étudiants manque de professeurs. «Tous les professeurs d’origine arabe ont été renvoyés. C’était des hommes cultivés, pas des criminels. Je le regrette car nous manquons de professeurs d’arabe et de théologiens qualifiés» après 70 ans de communisme, confie Abdarachid Izrat. «Nous ne recevons plus d’argent de l’étranger. L’État exerce un contrôle très strict. Résultat : les jeunes partent à l’étranger pour se former. C’est pire car ils peuvent s’imprégner d’idées étrangères à l’islam», conclut le vice-recteur.
Les musulmans du Tatarstan font l’objet d’une stricte surveillance des autorités qui redoutent de voir la guerre en Afghanistan déstabiliser cette République du centre de la Russie, où la moitié de la population suit les préceptes de l’islam. «Avec les attentats, l’Amérique a trouvé une bonne raison d’attaquer l’islam en Afghanistan comme la Russie l’avait fait en Tchétchénie», estime Malik Ibrahim Youldouz, directeur d’une école coranique à Naberejnye Tchelny, une ville industrielle sinistre, dont les 600 000 habitants sont aujourd’hui frappés de plein fouet par le chômage. Malik, un Tatar à la barbichette rousse, est rentré l’année dernière d’Arabie séoudite où il a étudié pendant quatre ans avant de prendre la direction de cette école dont les autorités russes voudraient obtenir la...