Les opinions publiques européennes sont de plus en plus sceptiques face à la poursuite des opérations militaires en Afghanistan, en net contraste avec le soutien que les Américains continuent d’accorder à leur gouvernement pour sa gestion de la crise. Alors que près de neuf Américains sur dix sont favorables aux frappes, le nombre de Britanniques soutenant les bombardements a reculé en quinze jours de 12 points, tandis qu’une majorité se dit désormais favorable à une pause. 62 % de Britanniques soutiennent les frappes contre 74 % lors d’une précédente enquête il y a deux semaines. Désormais, 54 % souhaitent une pause pour permettre l’acheminement de l’aide humanitaire aux Afghans, tandis que seuls 29 % restent opposés à toute suspension des bombardements. La politique du gouvernement britannique, qui s’est engagé sans réserve aux côtés des États-Unis, a également été critiquée par des députés et des éditorialistes qui ont mis en cause l’intérêt et l’efficacité des frappes aériennes. En France, l’opinion est également en proie au doute. En deux semaines, le pourcentage de Français favorables aux opérations en Afghanistan a baissé de 66 à 51 %, tandis que le nombre de ceux qui désapprouvent atteint désormais 36 %. En Allemagne, la tendance s’est également inversée. Actuellement 69 % des Allemands souhaitent, dans un souci humanitaire, que les frappes cessent pour permettre d’acheminer les secours à la population afghane. Une semaine auparavant, ils étaient 51 % à considérer que les bombardements étaient «justifiés» tant que Oussama Ben Laden n’avait pas été arrêté. En Grèce, l’opinion a d’emblée été défavorable puisque, selon un sondage réalisé début octobre, 57,3 % des Grecs ont jugé «injuste» la riposte américaine dès qu’elle a été déclenchée, contre seulement 26,4% d’un avis contraire. En Espagne, l’opinion se montre également de plus en plus critique et des manifestations contre la guerre ont rassemblé, selon la police, 10 000 personnes à Madrid, il y a dix jours, et 15 000 personnes à Barcelone dimanche dernier. Deux manifestations sont prévues à Rome le 10 novembre. L’une, organisée par des militants antimondialisation pour protester contre les frappes américaines, l’autre, parrainée par la coalition de droite du président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, est au contraire destinée à les soutenir. En France, une manifestation unitaire est également prévue le 17 novembre à Paris. À la mi-octobre, la traditionnelle marche pacifiste d’Assise (centre de l’Italie) avait connu un succès sans précédent, rassemblant entre 100 000 et 200 000 participants. Au Portugal, l’ancien président Mario Soares, député européen du Parti socialiste, a nettement pris position pour l’arrêt des bombardements sur l’Afghanistan. «Je doute qu’ils mènent quelque part», a-t-il dit, en ajoutant : «Nous sommes à la veille d’une catastrophe humanitaire, et il y a des millions de personnes qui vont mourir de faim».
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