Près d’un millier de réfugiés afghans ont forcé hier la frontière dans l’ouest du Pakistan en démantelant un barrage de barbelés malgré des coups de semonce des taliban et gardes pakistanais, ont rapporté des témoins. Plus de 250 réfugiés ont été repoussés à coups de bâtons par les gardes pakistanais mais les autres ont réussi à passer au poste de Chaman où l’afflux de réfugiés s’est accru avec l’intensification des raids américains dans la région afghane voisine de Kandahar. «Les taliban ont tiré en l’air, les réfugiés ont lancé des pierres contre les forces frontalières pakistanaises qui ont aussi tiré en l’air et ont tenté de repousser la foule à coups de bâtons de bambou», a dit un témoin. Les réfugiés ont réussi à démanteler les fils de fer barbelés et à enfoncer les forces de police en deux endroits au niveau de Chaman, a précisé un garde pakistanais. Ce mouvement de foule est intervenu au moment où les autorités frontalières, pakistanaise et taliban, discutaient des moyens d’éviter des troubles. «Des douzaines de femmes et d’enfants sont dans une situation critique», a dit un garde. «Il n’y a pas d’eau, de nourriture ou de médicaments. S’il n’y a pas une aide particulière, ils pourraient mourir de cette crise», a-t-il ajouté. L’agence de l’Onu pour les réfugiés avait auparavant de nouveau demandé au Pakistan d’ouvrir ses frontières aux réfugiés alors que près de 15 000 personnes sont bloquées à Chaman, près de la ville de Quetta. Islamabad a toutefois rejeté l’appel du Haut-Commissariat de l’Onu aux réfugiés (HCR). Le ministère des Affaires étrangères a répondu que le Pakistan continuerait d’aider les réfugiés les plus vulnérables mais que, sinon, seuls les Afghans munis de papiers en règle seraient autorisés. «Nous avons dit et répété que nous avons déjà trois millions de réfugiés afghans au Pakistan», a dit le porte-parole Riaz Mohammad Khan Khan. Cinquante mille autres ont réussi à passer au Pakistan depuis le début de la crise actuelle, a-t-il ajouté. «Nous ne pouvons pas prendre en charge des afflux massifs de réfugiés», a-t-il dit. Des scènes de violence s’étaient déjà produites dimanche lorsqu’un groupe de 600 réfugiés avait tenté de forcer le passage à coups de pierres. Les gardes pakistanais et taliban avaient tiré en l’air pour ramener le calme. Une porte-parole du HCR, Fatoumata Kaba, a déclaré que des tentes et de la nourriture avaient été acheminées à Chaman pour être distribuées aux réfugiés dans le no man’s land de 200 mètres de large séparant les deux pays. «Ils sont sans toit et sans sanitaire», a-t-elle dit. Elle a souligné que l’afflux de candidats à l’exil faisait que le gouvernement pakistanais devait assouplir sa politique. «Mais je ne pense pas que cela se produise aujourd’hui ou demain. Il faudra sans doute un événement majeur en Afghanistan», a-t-elle ajouté. La sécurité aux frontières entre le Pakistan et l’Afghanistan a été strictement renforcée depuis le début de l’opération militaire américaine contre les taliban et leur «hôte», Oussama Ben Laden, le 7 octobre. Seuls les titulaires de documents de voyage en règle sont autorisés à passer. Des milliers de réfugiés ont cependant réussi à corrompre des responsables, à traverser dans des endroits éloignés à l’aide de trafiquants d’homme ou grâce à des papiers falsifiés ou réutilisés. Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a également augmenté son dispositif à Chaman, a déclaré un porte-parole Francesco Luna. Vingt tonnes de biscuits, farine, huile et autres denrées capables d’assurer la nourriture de 5 000 personnes pendant cinq jours devaient y être acheminées lundi. Le PAM a suffisamment de stocks dans les villes frontalières pakistanaises de Peshawar et Quetta pour nourrir 300 000 personnes dans un futur prévisible, a-t-il dit. Des organisations humanitaires s’inquiètent aussi du sort de millions d’Afghans auxquels elles n’ont pas accès mais qui ont besoin d’aide en Afghanistan même.
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