Cachés dans d’inexpugnables réseaux souterrains, Oussama Ben Laden et ses hommes ne pourront être délogés qu’avec la collaboration de forces afghanes, assure l’un des meilleurs experts mondiaux des questions militaires en Afghanistan. Ali Jalali, aujourd’hui chef du service en farsi de la radio Voice of America, est un ancien colonel de l’armée afghane, officier de 1979 à 1982 dans la résistance contre l’Union soviétique, auteur d’une histoire militaire de l’Afghanistan en trois volumes. L’utilisation de souterrains pour se cacher et mener des opérations de guérilla remonte à la nuit des temps en Afghanistan, explique-t-il. Oussama Ben Laden a eu des années pour les améliorer et s’en sert aujourd’hui pour échapper à l’armada lancée à ses trousses. «Pendant l’invasion de Gengis Khan, les gens utilisaient les karez (terme pachtoun des canaux d’irrigation souterrains) pour se cacher et se protéger (...) Et puis il y a les grottes et les canyons dans les zones montagneuses». «Pendant la guerre contre les Soviétiques, les moudjahidine les ont utilisés comme bases pour leurs opérations. La plupart sont dans l’est et le sud de l’Afghanistan, dans la province de Paktia, la région de Kandahar, Uruzgan. Après le retrait soviétique, el-Qaëda les a récupérés. Ce sont des endroits dans lesquels ils peuvent se cacher très longtemps». Comme les Américains au Vietnam, l’Armée rouge a affronté de 1979 à 1989 des combattants passés maîtres dans l’art de se terrer, de se dissimuler, un art dont les groupes intégristes ont hérité. «L’un des réseaux les plus élaborés est à Jawar, dans la province de Paktia. Onze tunnels, certains de plus de 500 mètres. Il y a des magasins, des dépôts de munitions, des hôtels, des mosquées, des bibliothèques. Tout ce que vous voulez», poursuit Ali Jalali, diplômé de plusieurs écoles militaires aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Russie. Prêts à mourir pour Ben Laden «En 1986, les Russes ont donné l’assaut à Jawar : cela leur a pris 57 jours. Ils ont bombardé, puis envoyé des troupes. Ils ont d’abord échoué, puis ils ont fini par atteindre les grottes. Mais les moudjahidine s’étaient retirés dans les montagnes. Les Russes ne sont restés que cinq heures, détruisant des tunnels. Ils ont laissé des mines, mais très vite les moudjahidine sont revenus et ont réoccupé les lieux». Face à un fugitif aussi bien protégé que Ben Laden, mobile, entouré de combattants prêts à mourir pour le défendre, les forces spéciales américaines auront besoin à leurs côtés d’Afghans connaissant le terrain, affirme M. Jalali. «Les souterrains peuvent être endommagés par des bombes perfectionnées lancées par l’aviation, mais des commandos devront intervenir pour finir le travail. Avec des soutiens locaux et de bons renseignements, il est plus facile de monter une opération éclair». «La solution à long terme est de créer dans le pays les conditions qui feront que les autorités locales vont aider à les déraciner. Si un gouvernement disposant du soutien populaire arrive au pouvoir et est désireux de se débarrasser du terrorisme, ce sera beaucoup plus facile». «Mais les pourchasser dans un environnement hostile est une tâche très difficile», conclut-il. En 1998, Ali Jalali a publié, avec le lieutenant-colonel Lester Grau, du Bureau des études militaires étrangères de Fort Leavenworth (Kansas), une étude intitulée Combat souterrain, consacrée aux techniques employées par l’Armée rouge en Afghanistan. Sa conclusion : «Il y a peu de solutions de haute technologie pour le combat souterrain (...) Des soldats déterminés devront toujours aller sous terre affronter des opposants tout aussi déterminés. Le combat souterrain restera le royaume du courage, de la ruse et du sang-froid».
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