Après environ deux semaines de frappes aériennes sur l’Afghanistan qui, selon plusieurs experts, «ne gagneront pas la guerre», Washington et (peut-être) Londres semblent condamnés à déployer des troupes à terre, estimaient hier des spécialistes britanniques. «Si les Américains veulent détruire le régime (des taliban au pouvoir à Kaboul) et le réseau el-Qaëda d’Oussama Ben Laden, ils vont devoir déployer des troupes à terre car ils ne peuvent compter seulement sur les forces de l’Alliance du Nord», a déclaré hier Paul Beaver, l’un des experts britanniques les plus respectés en matière de défense. Selon M. Beaver, l’Alliance du Nord «n’est pas représentative de toute la population afghane» et «en ne s’appuyant que sur elle, nous ne ferions que remplacer un régime despotique par un autre». «Il y aura donc des troupes à terre, a ajouté Paul Beaver. Le problème est de savoir quand, comment et où les déployer. Voire combien ?». Le Premier ministre britannique Tony Blair a paru conforter l’analyse de cet expert en pronostiquant, après les bombardements, «des actions supplémentaires, également ciblées». «Je ne crois pas que nous ayons jamais envisagé que cela (les objectifs de guerre) puisse être réalisé uniquement par la force aérienne», a-t-il ajouté. «Les frappes aériennes ne gagneront pas cette guerre», estimait, quant à lui, hier le général de corps d’armée aérienne (Air Marshal) Timothy Garden dans les colonnes de The Independent. «La bombe la plus intelligente ne peut retrouver un individu par son nom». Passée la destruction sans surprise de la modeste et vieillotte armée de l’air taliban ou de leur maigrichonne défense aérienne, la maîtrise de l’air ne peut jouer qu’un rôle mineur, selon ce spécialiste. «Permettre à l’armée en guenilles de l’Alliance du Nord de prendre le pouvoir à Kaboul risque fort de ne pas être la meilleure recette pour un gouvernement pacifique, harmonieux et performant, poursuivait-il. Quelle que soit la forme d’administration qui suivra la fin du régime des taliban, elle aura besoin d’une solide force militaire internationale pour faire respecter la loi». Le gouvernement britannique martèle un message similaire en demandant qu’un éventuel gouvernement post-taliban soit représentatif de tous les grands groupes ethniques du pays, et certainement pas réduit aux dirigeants de la seule Alliance du Nord. Pour Paul Beaver, seuls trois pays au monde peuvent aujourd’hui se livrer à des «projections de force» lointaines et sont donc capables de déployer rapidement des troupes en Afghanistan : les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. «Le problème, a-t-il indiqué, c’est que les Français comme les Américains n’aiment pas voir leurs troupes placées sous un commandement étranger. Si les Français sont prêts à travailler au sein de la coalition, sous commandement étranger, alors les choses peuvent être très efficaces». Mais si les Français «ont leurs propres priorités, nous avons un problème», a conclu Paul Beaver, notant que l’échéance de l’élection présidentielle française de 2002 pouvait encore compliquer la donne. Reste la «bataille» à mener auprès de chaque opinion publique occidentale. Et à ce sujet, le Financial Times soulignait hier que «des doutes commencent à occulter les progrès de la campagne et la capacité de la force militaire, en particulier la force aérienne, à produire la délicate solution politique indispensable à l’avenir de l’Afghanistan». Le quotidien des affaires relevait aussi que «l’absence de succès militaire rapide et visible fait craindre aux politiciens concernés qu’ils perdront la guerre de propagande avant même de pouvoir gagner sur le terrain».
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