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Actualités - Opinions

Un patient travail de plus d’un siècle

Histoire, renaissance du passé : s’il est un domaine où l’expression correspond exactement au réel, c’est bien celui de l’Orient ancien. Jusqu’au milieu du siècle dernier, de vastes étendues de sable brûlant ou des plateaux presque déserts conservaient, ensevelis, les vestiges matériels de civilisations dont aucune littérature n’avait gardé le souvenir. En cent ans, les progrès de la recherche ont été décisifs (...) et jettent une vive lumière sur l’ampleur et l’importance des connaissances acquises. Des volumes, dus respectivement à François Daumas, François Chamoux, Pierre Grimal et Guido A. Mansuelli, ont été consacrés aux civilisations de l’Égypte pharaonique, de la Grèce mycénienne, archaïque et classique, de Rome et de l’Europe ancienne pour les diverses parties du bassin méditerranéen. Voici donc tout un pan du passé le plus ancien de l’homme qui est venu au jour grâce au patient travail d’un peu plus d’un siècle. Les efforts étroitement unis de savants spécialistes de disciplines différentes ont été nécessaires et déterminants. Certes, tout a dépendu initialement, tout dépend encore, de l’archéologie, de cette quête sur le terrain qui ne s’est faite méthodique qu’avec le dégagement progressif des règles fondamentales de recherche. Tout est issu de l’audace et de la persévérance des fouilleurs venus des écoles et des pays les plus divers et qui ont bravé difficultés, périls pour arracher à la terre, depuis la Crète jusqu’aux rives de l’Indus, une réponse aux questions posées sur la naissance et le développement des premières civilisations de l’humanité. Éloignés le plus souvent de leur pays d’origine, ces pionniers, ces savants se sont sentis plus libres, plus exempts d’idées préconçues que s’ils avaient travaillé sur leur propre terrain. Ainsi s’est opérée en archéologie une mutation d’importance. Il ne s’agissait plus de trouver les origines et le passé d’une civilisation familière, mais bien d’aller à la quête d’un monde inconnu. Peut-être la règle d’or de la recherche scientifique se trouvait-elle de la sorte établie : garder toujours, par rapport à son thème d’étude, distance, éloignement, recul. Rien ne se serait fait sans l’archéologie, ai-je dit. Oui, mais rien n’aurait abouti avec son seul concours. Si aujourd’hui on peut suivre, après les étonnantes découvertes d’époque néolithique dues aux fouilles les plus récentes, la naissance, le développement et la succession des cités et des empires, c’est aux écrits laissés par l’homme et à leur déchiffrement que nous le devons. Les plus précieux des vestiges mis au jour par la pioche du fouilleur ont été les monuments inscrits et les extraordinaires séries de tablettes d’argile couvertes de textes cunéiformes dont le nombre s’accroît presque chaque jour. Or, ces textes remontent très haut dans le temps. Cette merveilleuse invention de l’homme, l’écriture, est née en Orient dans la seconde moitié du IVe millénaire avant J-C. Trois mille ans environ séparent ainsi le moment où les populations mésopotamiennes ont disposé de cet incomparable instrument de culture et celui où, dans l’Occident, des peuples comme les Latins, puis les Celtes, ont dû l’emprunter à leurs voisins. Vaste intervalle de temps qui seul explique l’énorme décalage, suivant les lieux, de nos connaissances historiques. Depuis le milieu du siècle dernier, philologues et linguistes, face à des textes d’origine et de nature diverses, se sont trouvés devant des tâches pressantes de déchiffrement et d’interprétation. Peu à peu, le panorama des écritures et des langues qu’elles recouvraient s’est éclairé, ouvrant les plus larges perspectives. Certes, les plus anciennes tablettes de Sumer, d’Élam, de l’Inde et de Crète demeurent encore impénétrable ; le linéaire A crétois n’a pas encore livré son secret. Mais, malgré les problèmes encore ouverts, l’apport de la linguistique et de la philologie est déjà de la plus vaste ampleur. Les structures des langues, les rapports de parenté qu’elles entretiennent, l’apparition et l’évolution des écritures apparaissent toujours plus nettement à nos yeux et le déchiffrement des tablettes d’argiles, que le scribe avait couvertes de signes en les frappant à petits coups rapides de son roseau taillé en biseau et tenu à pleine main, a mis l’érudit en présence des expressions les plus diverses de la littérature, du droit, de la science, en un mot de la pensée orientale. Une histoire entièrement nouvelle est née de l’intime coopération entre les disciplines essentielles qui la fondent, telle est donc l’image exemplaire que nous offre l’étude de l’Orient ancien. Il fallait pour en dresser le tableau complexe, pour fixer l’état d’une science en plein mouvement, des qualités rares : être rompu aux méthodes de recherche qui ont conduit aux succès présents et posséder le sens intime de l’histoire.
Histoire, renaissance du passé : s’il est un domaine où l’expression correspond exactement au réel, c’est bien celui de l’Orient ancien. Jusqu’au milieu du siècle dernier, de vastes étendues de sable brûlant ou des plateaux presque déserts conservaient, ensevelis, les vestiges matériels de civilisations dont aucune littérature n’avait gardé le souvenir. En cent ans, les progrès de la recherche ont été décisifs (...) et jettent une vive lumière sur l’ampleur et l’importance des connaissances acquises. Des volumes, dus respectivement à François Daumas, François Chamoux, Pierre Grimal et Guido A. Mansuelli, ont été consacrés aux civilisations de l’Égypte pharaonique, de la Grèce mycénienne, archaïque et classique, de Rome et de l’Europe ancienne pour les diverses parties du bassin...