Sa voix est si douce qu’elle est presque inaudible. Mais, calculé ou non, l’effet est quasi certain : Kofi Annan force l’attention. Ce paradoxe est aussi celui de l’organisation que ce Ghanéen de 61 ans dirige depuis cinq ans : en dépit de ses faiblesses et de ses échecs, l’Onu est aujourd’hui plus écoutée et respectée, s’accordent à dire tous les diplomates. En menant la croisade contre le sida qui a tué 22 millions de personnes ou en reconnaissant les faillites de l’Onu au Rwanda et en Bosnie, «il a su rendre sa crédibilité» aux Nations unies, affirment les diplomates. L’Onu joue ainsi un rôle irremplaçable dans la guerre multiforme déclarée par les États-Unis au terrorisme international après les attentats du 11 septembre et le début de leurs frappes en Afghanistan, qu’il s’agisse de maintenir une large coalition ou de définir l’après-taliban. L’extraordinaire consensus autour de Kofi Annan s’est manifesté lors de sa réélection unanime, en juin dernier, par les 189 États membres pour un second mandat de cinq ans, du 1er janvier 2002 au 31 décembre 2006. «Il est le meilleur secrétaire général dans l’histoire des Nations unies, sans exception», a affirmé l’ancien ambassadeur américain à l’Onu Richard Holbrooke. Après sa réélection, Kofi Annan avait résumé ainsi ses aspirations : «J’ai l’espoir que dans cinq ans les peuples du monde – pour qui cette organisation a été fondée – auront le sentiment qu’elle est plus proche d’eux, travaille mieux pour répondre à leurs besoins et met le bien-être de l’individu au centre de tout ce qu’elle fait». Prudence excessive Succédant le 1er janvier 1997 à l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali dont les États-Unis ne voulaient plus, Kofi Annan avait été présenté comme «l’homme des Américains». Il a toutefois démenti cette réputation quand il s’est rendu à Bagdad en février 1998 pour négocier avec Saddam Hussein, passant outre à l’opposition de Washington. Dans les couloirs de l’Onu, les louanges des diplomates ou du personnel des Nations Unies tournent facilement à l’hagiographie, et il est rare d’entendre des voix discordantes. À peine certains critiquent-ils une «prudence excessive» face à la superpuissance américaine ou le fait que cet homme du Sud soit presque exclusivement entouré de conseillers occidentaux. Mais tous les diplomates le créditent d’avoir secoué la bureaucratie et commencé à réformer l’Organisation, ouvert celle-ci à la société civile, imposé de nouvelles priorités comme le sida et d’avoir entrepris une vaste révision de ses opérations de paix. Issu d’une famille aristocratique de la tribu des Fante, au Ghana, où il est né le 8 avril 1938, Kofi Annan, d’une élégance jamais prise en défaut, frappe ses interlocuteurs «par son inlassable courtoisie», dit un diplomate. «Quand il entre dans une pièce, une onde de sérénité se propage. On dirait le pape», dit un ancien ministre européen. Mais comme le pape, le secrétaire général de l’Onu a peu de pouvoirs, en dehors de son autorité morale. «Sa principale arme est son impartialité et la confiance qu’il inspire», dit un de ses proches collaborateurs, en soulignant par exemple qu’il a permis à l’Onu de revenir sur la scène du Proche-Orient. Sa force de conviction est animée par «sa croyance passionnée dans les idéaux des Nations unies» fondés sur la tolérance et le respect, estime un autre diplomate. Mais ce parfait connaisseur du système des Nations unies où il a passé trente ans de sa carrière sait aussi tenir compte des rapports de force internationaux : il se garde aujourd’hui de critiquer la politique des États-Unis face à l’Irak et a approuvé les bombardements de l’Otan au Kosovo et les raids américano-britanniques en Afghanistan, appelant simplement à tout faire pour épargner la population civile.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Sa voix est si douce qu’elle est presque inaudible. Mais, calculé ou non, l’effet est quasi certain : Kofi Annan force l’attention. Ce paradoxe est aussi celui de l’organisation que ce Ghanéen de 61 ans dirige depuis cinq ans : en dépit de ses faiblesses et de ses échecs, l’Onu est aujourd’hui plus écoutée et respectée, s’accordent à dire tous les diplomates. En menant la croisade contre le sida qui a tué 22 millions de personnes ou en reconnaissant les faillites de l’Onu au Rwanda et en Bosnie, «il a su rendre sa crédibilité» aux Nations unies, affirment les diplomates. L’Onu joue ainsi un rôle irremplaçable dans la guerre multiforme déclarée par les États-Unis au terrorisme international après les attentats du 11 septembre et le début de leurs frappes en Afghanistan, qu’il s’agisse de maintenir...