Les titres du secteur de la défense, très prisés à Wall Street depuis les attentats du 11 septembre et la riposte américaine, ne suscitent pas le même engouement en Europe, où cette industrie, également présente dans le secteur civil, est moins directement concernée. Pour l’instant, «c’est essentiellement une guerre menée par les États-Unis», font remarquer différents analystes, soulignant qu’il n’y avait pratiquement pas de matériel européen utilisé dans le conflit. Mais dans un second temps, les industriels européens de l’armement devraient également profiter des retombées de la crise, estiment-ils. Au lendemain des attentats, les boursiers se sont rués sur les titres du secteur de la défense aux États-Unis, la perspective d’un conflit laissant entrevoir de nouvelles commandes d’armes, d’avions de combat et de matériels de communication ultrasophistiqués. Les frappes militaires en Afghanistan depuis dimanche ont provoqué un nouvel accès de fièvre pour les titres des géants américains Raytheon (missiles Tomahawk), Lockheed (avions de combat F16), Northrop Grumman (Bombardiers B1 et B2) et General Dynamics (aviation militaire, électronique, véhicules terrestres blindés). Les titres de ces différents groupes ont enregistré depuis un mois des hausses comprises entre 20 % et 40 % à Wall Street. En Europe, le groupe britannique BAE Systems, numéro un de la défense sur le vieux continent, «est un petit peu mieux placé» que ses concurrents car il fait «une grosse partie de son chiffre d’affaires aux États-Unis», estime Yann Derocles, analyste chez Crédit Lyonnais Securities. En outre, BAE devrait profiter du lancement attendu du programme américain du futur chasseur-bombardier Joint Strike Fighter (JSF). Le groupe britannique participe directement et indirectement aux deux consortiums concurrents sur ce projet, Lockheed Martin et Boeing. «Avant le 11 septembre, on avait des doutes sur la poursuite du programme, mais là on pense qu’il va être maintenu. Quel que soit le gagnant du côté américain, BAE Systems sera le gagnant du côté européen», souligne M. Derocles. BAE, un des fournisseurs du Pentagone, devrait bénéficier de l’engagement britannique dans les combats aux côtés des Américains, a estimé un autre analyste parisien. Le titre BAE Systems a pourtant perdu 1,37 % depuis un mois à la Bourse de Londres et 4,29 % depuis vendredi, s’établissant mardi à 306,265 pence. Le conflit pourrait par ailleurs profiter au groupe français d’électronique de défense Thales. Thales ne fait que 52 % de son chiffre d’affaires dans le secteur militaire mais le reste de son activité concerne également la défense de façon indirecte, souligne un analyste parisien qui n’a pas voulu être identifié. «Thales est spécialisé dans l’électronique de défense et la gestion du trafic aérien: leur activité est liée au contexte militaire et au contexte de peur du terrorisme sur le trafic aérien», ajoute-t-il. Le cours de l’action Thales, à peu près stable depuis un mois, a progressé mardi de 1,69 % à 41,58 EUR à la Bourse de Paris. Enfin, Eads, numéro un européen de l’aéronautique, pourrait connaître un retour en grâce auprès des investisseurs après avoir été massacré à la Bourse de Paris où il a perdu plus de 55 % depuis le début de l’année. Le groupe tire l’essentiel de ses bénéfices d’Airbus qu’il contrôle à 80 % (20 % pour BAE Systems) et la crise du transport aérien pèse sur le titre qui a cependant repris 2,9 % mardi à Paris à 190,96 EUR. Eads ne tire actuellement que 20 % de son chiffre d’affaires de la défense. «Aujourd’hui, leur activité défense n’est pas valorisée et n’est pas très rentable mais le temps joue pour eux», estime un analyste parisien.
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