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Actualités - Chronologies

Littérature : oublis notoires et mauvais paris

Depuis 1901, le Nobel de littérature a largement favorisé les écrivains occidentaux, pas toujours les meilleurs, même si cette tendance change depuis les années 80, avec l’attribution du prix au premier Africain (Wole Soyinka, 1986) et au premier Chinois (Gao Xingjian, 2000) tandis qu’il fallait attendre 98 pour récompenser ler premier lusophone (José Saramago). «La civilisation occidentale est surreprésentée dans ce palmarès. Dans la seconde moitié du siècle, quand les pays en voie de développement se manifestent, on voit arriver le Guatemala, la Colombie ou le Nigeria mais il n’empêche que l’humanisme gréco-latin nourrit la culture des pays les plus représentés», dit Jean Touzot, professeur émérite de littérature à la Sorbonne. Les chiffres sont éloquents : sur 97 lauréats (il y a eu des doubles prix et des années sans prix durant la guerre), on compte, avec la Russie, 72 Européens (dont 15 d’Europe du nord!) et 25 non-Européens (dont 10 Américains, 1 Australien et 1 Sud-Africain). De 1901 à 1985, on recense seulement huit auteurs ne provenant ni d’Europe, ni des États-Unis. Un pays comme l’Inde n’a qu’un seul lauréat (Tagore, 1913), comme d’ailleurs le monde arabe (l’Égyptien Mahfouz, 1988). Quant aux femmes, elles sont neuf à avoir reçu le prix dont, signe des temps, trois entre 1991 et 1996. Dans ces conditions, peut-on encore parler de prix remis «au bénéfice de l’humanité», selon le vœu d’Alfred Nobel? Services secrets D’autre part, même si l’exercice de recenser les «oublis» du Nobel est, avec le recul du temps, facile, on peut cependant s’étonner de l’absence au palmarès de Conrad, Strindberg, Tolstoï, Joyce, Proust, H. James, Borgès, Musil mais aussi Broch, Nabokov, Brecht, Giono, Ungaretti ou Kemal. En revanche, tant de noms, déjà passés aux oubliettes de l’histoire, y figurent... «Concernant les Français, le niveau s’est amélioré ces dernières décennies. Sully Prudhomme (1901) ou Frédéric Mistral (1904) ne sont aujourd’hui plus lus», dit Denis Roger-Vasselin, responsable du dictionnaire Robert des grands écrivains. Selon M. Touzot, citant François Mauriac (Nobel 1952), «ce ne sont parfois pas les plus grands mais les plus efficaces qui sont lauréats, ceux qui ont le souci d’influer sur leurs contemporains». «Ce ne sont pas des Olympiades. Chaque cas est discuté plusieurs années. Nous sommes indépendants de l’État et avons les meilleurs services secrets de la littérature», a dit le juré Osten Sjostrand. Il est vrai qu’aux États-Unis et en Allemagne par exemple, le Nobel a visé juste en récompensant Faulkner, Hemingway et Steinbeck d’une part et Mann, Boell et Grass d’autre part. Pour le sociologue Pierre Bourdieu, le Nobel exprime «les variantes du goût dominant». Si l’académie n’intervient pas directement dans le débat politique (elle a au contraire refusé en 1989 de soutenir publiquement Salman Rushdie, condamné à mort par Khomeiny, provoquant des démissions dans le jury), elle a parfois désigné ses lauréats en fonction de critères extra-littéraires et notamment géopolitiques. Dans un contexte de guerre froide, les choix de Soljenitsyne (70), du Polonais Milosz (80), du Tchèque Seifert (84), du Russe (exilé aux États-Unis) Brodsky (87) n’étaient pas exclusivement littéraires, a écrit en 96 le journal Le Monde, dénonçant la volonté du jury «de se situer par rapport aux idéologies et aux équilibres économiques». Exprimant ensuite une volonté de promouvoir un nouvel humanisme en littérature, le Nobel a successivement récompensé en 91 la Sud-Africaine Nadine Gordimer (contre le favori J.M Coetzee qui a moins ouvertement milité contre l’apartheid que sa collègue), en 92 l’Antillais de Sainte-Lucie Derek Walcott et en 93 la Noire américaine Toni Morrison.
Depuis 1901, le Nobel de littérature a largement favorisé les écrivains occidentaux, pas toujours les meilleurs, même si cette tendance change depuis les années 80, avec l’attribution du prix au premier Africain (Wole Soyinka, 1986) et au premier Chinois (Gao Xingjian, 2000) tandis qu’il fallait attendre 98 pour récompenser ler premier lusophone (José Saramago). «La civilisation occidentale est surreprésentée dans ce palmarès. Dans la seconde moitié du siècle, quand les pays en voie de développement se manifestent, on voit arriver le Guatemala, la Colombie ou le Nigeria mais il n’empêche que l’humanisme gréco-latin nourrit la culture des pays les plus représentés», dit Jean Touzot, professeur émérite de littérature à la Sorbonne. Les chiffres sont éloquents : sur 97 lauréats (il y a eu des doubles prix et...