Les guerres se livrent aussi sur le front de l’information et l’Administration américaine, confrontée au choix difficile d’une riposte, a, pour le moment, réussi à faire patienter l’opinion publique américaine sans paraître indécise. Après plus de trois semaines d’une des crises les plus graves de l’histoire des États-Unis, même des analystes politiquement opposés au président républicain George W. Bush lui accordent un satisfecit d’ensemble. «C’est une situation extraordinairement difficile», a expliqué Peter Fenn, un commentateur politique démocrate, «mais l’approche que l’Administration Bush a prise récemment est tout à fait correcte». Face à l’agression du 11 septembre, comparée au raid surprise des Japonais sur Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, la première réaction du gouvernement américain avait été de déclarer que le pays était en guerre. Par la suite, devant l’extraordinaire difficulté d’identifier les éléments essentiels d’un conflit – un ennemi bien défini, une stratégie claire, des moyens adaptés, et une définition précise des termes de la victoire – le gouvernement s’est appliqué à raffiner son message. Aujourd’hui, les Américains sont appelés à la patience pour mener une lutte longue contre le terrorisme international. Les fronts sont militaire, mais également diplomatique et financier. Et le combat, leur ont répété les responsables, se déroulera souvent dans l’ombre, loin des télévisions qui avaient l’habitude depuis le conflit du Golfe de faire vivre aux Américains la guerre en direct. Ce retour à une rhétorique plus subtile a été bien accueilli par les commentateurs. «Le plus important c’est que leurs propos n’ont pas outrepassé leurs actes. Leurs déclarations ont été mesurées, alors qu’il serait simple de jouer sur les sentiments du public et d’attiser la colère des Américains», a commenté Tom Gibson, ancien responsable de la communication du président Ronald Reagan. Cette retenue, louée par les analystes qui considèrent dans leur grande majorité qu’une réponse militaire précipitée n’est pas une bonne solution, comporte toutefois un risque, assurent d’autres experts. Pour Marvin Kalb, spécialiste reconnu des rapports entre les médias et la politique, «les Américains sont connus pour être impatients» et il s’est demandé «s’ils ont la capacité de soutenir cette guerre jusqu’à une conclusion, qui elle-même reste mal définie». Pour lui, «leur scepticisme naturel est contenu par leur patriotisme mais il ne faudra pas beaucoup de temps pour que des questions commencent à être posées sur la manière dont l’Administration fait bien ou mal les choses». Pour le moment, les Américains approuvent massivement la manière dont le président Bush gère cette crise. Et pour M. Fenn, il a d’autant plus de mérite que «vous pouvez jeter le petit manuel de gestion des crises devant la situation actuelle», qui, à ses yeux, n’a pas d’équivalent depuis la Deuxième Guerre mondiale. Pour éviter les dérapages, la gestion de l’information est rigoureusement contrôlée par la Maison-Blanche. Les traditionnels tiraillements entre ministères concurrents, comme le département d’État ou le département de la Défense, ne trouvent qu’un écho limité dans la presse. «Le vrai défi de l’Administration, explique M. Gibson, c’est de garder l’équilibre entre deux messages contradictoires : “Nous sommes en guerre et d’autres actes de terreur sont possibles”, et “Vivez normalement, voyagez et faites tourner l’économie”». Pour la première fois, mercredi, le Washington Post s’est fait l’écho de cette contradiction. D’un côté le président Bush fait tout pour inciter ses concitoyens à revenir à une vie normale, souligne l’influent quotidien, et de l’autre le ministre de la Justice John Ashcroft les met en garde contre les risques sérieux de nouveaux attentats.
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