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Actualités - Chronologies

Quand Moravia raconte - Zaher Shah, roi d’Afghanistan

«Le roi est une apparition», écrit Alberto Moravia. On est en 1964, et l’écrivain italien qui vient de rencontrer à Kaboul Mohammed Zaher Shah, roi d’Afghanistan, est frappé par le cérémonial qui efface le «doux monarque». Zaher Shah, aujourd’hui sollicité pour faire pièce aux taliban, a alors 50 ans. Il ne sait pas encore que c’est à Rome, la ville de Moravia, qu’il ira vivre en exil après un coup d’État qui, en 1973, mettra fin à quarante ans de règne réformiste. C’est «un homme vigoureux, à l’apparence juvénile», «habillé à l’européenne», qui «commence par s’exprimer dans un français excellent», puis se met à parler en afghan, raconte Moravia dans un article paru dans les colonnes du Corriere della Sera le 25 octobre 1964. Sa voix est «douce, hésitante, soumise, quasiment un murmure», mais le narrateur n’attend pas de confidences et note le ton «prudent, circonspect, fuyant». Moravia, voyageur infatigable, venu à Kaboul voir son beau-frère ambassadeur, est dans le vaste salon du palais royal, orné de pavés et colonnes en marbre. Assis sur un canapé Louis XV en tissu de Damas à fleurs, il enregistre le «cinéma muet de la monarchie». «Le type de rapport qui s’établit durant l’audience entre le roi et son visiteur est de nature purement visuelle (...) et tend à réduire la parole à une fonction secondaire (...). Le roi, en somme, est une apparition», écrit-il. Les quelques questions qu’il pose au souverain et que traduit pour lui un interprète sont «pesées et calibrées». De cette brève conversation, où le protocole veut que le roi comme son visiteur ne puissent se dire beaucoup de choses, Moravia retire l’image d’un pays en proie à la pauvreté et au traditionalisme, et qui doit vivre avec l’appétit des pays voisins. «L’Union soviétique exerce déjà une grande influence économique et tend à l’étendre ; le Pakistan avec lequel les rapports sont souvent tendus à cause du différend sur la région du Pachtounistan, divisé entre les deux pays ; la Chine qui voudrait elle aussi pénétrer en Afghanistan avec ses lignes aériennes, routes et traités ; enfin les États-Unis, qui ne sont pas limitrophes au sens physique, mais le sont au sens politique comme puissance mondiale», résume Moravia. Ce que le roi lui dit précisément, le lecteur ne le saura jamais. Moravia raconte les «yeux vifs» de son interlocuteur, sa «bouche charnue» sous un «long nez profilé» et ourlé de «courtes moustaches», puis son départ : «salon, antichambre, salon, sentinelle, première cour, premier portail, seconde cour, second portail, sentinelle, l’avenue» et... «le trottoir désert à perte de vue». Mais la nuit tombante inspire à Moravia ce commentaire à l’écho étrangement actuel : «La journée est finie, pour le roi comme pour les habitants de Kaboul et de l’antique pays asiatique, enfermé entre ses montagnes, qui s’ouvre lentement et difficilement à la violence transformatrice du monde qui l’entoure».
«Le roi est une apparition», écrit Alberto Moravia. On est en 1964, et l’écrivain italien qui vient de rencontrer à Kaboul Mohammed Zaher Shah, roi d’Afghanistan, est frappé par le cérémonial qui efface le «doux monarque». Zaher Shah, aujourd’hui sollicité pour faire pièce aux taliban, a alors 50 ans. Il ne sait pas encore que c’est à Rome, la ville de Moravia, qu’il ira vivre en exil après un coup d’État qui, en 1973, mettra fin à quarante ans de règne réformiste. C’est «un homme vigoureux, à l’apparence juvénile», «habillé à l’européenne», qui «commence par s’exprimer dans un français excellent», puis se met à parler en afghan, raconte Moravia dans un article paru dans les colonnes du Corriere della Sera le 25 octobre 1964. Sa voix est «douce, hésitante, soumise, quasiment un...