Le Pakistan et l’Inde ont salué dimanche la décision américaine de lever les sanctions que leur avaient imposées les États-Unis après leurs essais nucléaires de 1998. Mais Islamabad a immédiatement souligné qu’il ne s’agissait pas d’un marché en échange du soutien du gouvernement du général Pervez Musharraf à des représailles américaines en Afghanistan après les attentats du 11 septembre aux États-Unis. «C’est une décision positive. Nous l’apprécions», a déclaré un porte-parole du gouvernement pakistanais. «C’est une bonne décision de principe», a dit de son côté un porte-parole du ministère indien des Affaires étrangères. Le président américain George W. Bush a levé samedi les sanctions contre l’Inde et le Pakistan, estimant que «l’application à l’Inde et au Pakistan des sanctions et interdictions (...) ne serait pas dans les intérêts de la sécurité nationale des États-Unis». Ces sanctions limitaient les ventes de matériel militaire ainsi que l’aide économique et financière. L’Inde et le Pakistan avaient fait pression pour obtenir la levée des mesures prises sous l’Administration Clinton alors que les deux pays rivaux avaient procédé chacun à des essais nucléaires en riposte l’un à l’autre. Islamabad a nié, comme l’avaient fait auparavant les autorités américaines, que la levée des sanctions soit le résultat d’un échange de bons procédés liés aux attentats terroristes de New York et Washington. «Il n’est pas question d’un paiement en retour. C’est le reflet d’une meilleure compréhension» de la part des États-Unis, a dit le ministre des finances Shaukat Aziz à CNN. La décision de lever les sanctions intervient après le ralliement du Pakistan à l’initiative de guerre antiterroriste mondiale lancée par les États-Unis après les attentats qui ont fait près de 7 000 morts ou disparus. Washington, qui considère l’islamiste Oussama Ben Laden, réfugié en Afghanistan, comme le principal suspect, a fait pression sur le Pakistan pour qu’il tente de convaincre le régime des taliban de l’extrader. À Washington, une porte-parole de la Maison-Blanche, Jeanie Mamo, avait indiqué que le processus de levée des sanctions avait commencé il y a des mois, et un responsable de l’Administration a démenti que la décision soit liée aux attentats terroristes. «Le processus avait commencé avant les attentats et n’est pas directement lié à eux», a-t-il indiqué. Mais pour certains analystes, la décision du président Bush marque un tournant stratégique. «Il était clair qu’après les attentats du 11 septembre, il y aurait une révision des relations politico-stratrégiques des États-Unis avec l’Inde et le Pakistan», a déclaré Uday Bhaskar, directeur adjoint de l’Institute of Defence Studies and Analysis. Sur le plan économique, le Pakistan a échappé à la banqueroute, mais il a toujours besoin de l’aide étrangère et la levée des sanctions autorise un afflux de capitaux, souligne-t-on à Islamabad. «Cela signifie que les États-Unis peuvent désormais nous soutenir directement dans les institutions multilatérales comme le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement», a dit M. Aziz, le ministre des Finances. En Inde, son homologue Yashwant Sinha a minimisé l’impact de la mesure. «La levée des sanctions est une bonne chose mais c’est un problème mineur en ce qui concerne l’économie indienne, car leurs effets avaient été absorbés», a-t-il dit à Press Trust of India. «À part certains biens liés à la défense, les sanctions n’avaient pas de sens», a-t-il dit. D’autres sanctions décidées contre le Pakistan par Washington à la suite du coup d’État du général Musharraf en octobre 1999 restent en principe en place jusqu’au rétablissement de la démocratie.
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