À peine débarqués de France, ils attendent, comme des milliers d’autres, qu’un pompier, un militaire leur fassent signe de monter dans un camion pour aller fouiller les décombres. En vain. Le centre d’accueil des volontaires, débordé, n’accepte plus d’aide. Depuis des heures samedi, Thierry Velu et ses hommes, dix sapeurs-pompiers venus du nord de la France, désespérant de se rendre utiles. «C’est incroyable, on laisse travailler des civils sur les lieux et pas nous, s’impatiente-t-il. Ça fait 72 heures qu’on n’a pas dormi. Nous, on veut sauver des vies». À plusieurs reprises, ils tentent d’interpeller dans un mauvais anglais un officier de l’US Army, un pompier, pour lui expliquer qu’ils sont des spécialistes du sauvetage-déblaiement, qu’ils ont apporté du matériel d’écoute perfectionné, qu’ils ont l’expérience de plusieurs tremblements de terre, notamment en Turquie. «Désolés, il n’y a rien pour vous. Adressez-vous aux service des pompiers de New York. Voici un numéro de téléphone», leur répond un pompier de Seattle (Ouest). Un officier de l’US Army, Mike Basso, finit par leur expliquer gentiment que les secouristes sont déjà trop nombreux et n’ont plus besoin de renforts. «Nous aussi, nous avons 5 000 hommes, avec des chiens, des équipements, qui ne peuvent pas y aller. Les pompiers de New York veulent sauver les leurs sous les décombres de leurs propres mains». Désœuvrés, Thierry et ses collègues campent sur leurs cantines à l’entrée du Javits Center, un grand bâtiment de verre abritant d’ordinaire congrés et expositions, transformé en structure d’accueil pour les volontaires. Pour ce premier week-end depuis l’attentat qui a anéanti le World Trade Center, l’afflux de bénévoles est plus massif que jamais. Secouristes et simples citoyens arrivent de tous les États-Unis, du Canada, d’Europe. Ils s’alignent sur des dizaines de mètres, dans le calme, le long des trottoirs et attendent, casques à la main, de pouvoir s’inscrire sur des listes dont ils ne savent pas vraiment si elles leur permettront d’accéder au lieu du drame. Les pompiers français avaient pourtant touché au but vendredi soir, quelques heures seulement après leur arrivée à New York. «Nous sommes tombés sur le FBI. Après avoir pris des renseignements sur nous, il nous a amenés à 20 mètres du site. On a vu les ruines du World Trade Center», raconte Thierry Velu. «À ce moment-là, le FBI a fait demi-tour. Il fallait qu’on vérifie notre matériel en raison de risques de terrorisme. Depuis, je ne sais pas qui doit vérifier le matériel», dit-il, désemparé. «Il faut qu’ils tapent plus haut», souffle le pompier de Seattle. Le consulat de France, la marie de New York ? Les dix hommes affirment avoir déjà contacté l’ambassade des États-Unis à Paris, qui leur avait donné son feu vert. Au milieu de la foule des volontaires, des civils pour la plupart, ils passeraient presque inaperçus s’ils n’arboraient des blousons avec de grandes inscriptions «Groupe de Secours Catastrophe Français», une ONG dont ils font partie, et les fameux casques argentés des pompiers français qui intriguent de jeunes New-Yorkais. Finalement, un responsable de l’Agence fédérale pour la gestion des situations d’urgence, alerté, intervient : «Je vais voir ce que je peux faire», glisse-t-il sans rien promettre.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats À peine débarqués de France, ils attendent, comme des milliers d’autres, qu’un pompier, un militaire leur fassent signe de monter dans un camion pour aller fouiller les décombres. En vain. Le centre d’accueil des volontaires, débordé, n’accepte plus d’aide. Depuis des heures samedi, Thierry Velu et ses hommes, dix sapeurs-pompiers venus du nord de la France, désespérant de se rendre utiles. «C’est incroyable, on laisse travailler des civils sur les lieux et pas nous, s’impatiente-t-il. Ça fait 72 heures qu’on n’a pas dormi. Nous, on veut sauver des vies». À plusieurs reprises, ils tentent d’interpeller dans un mauvais anglais un officier de l’US Army, un pompier, pour lui expliquer qu’ils sont des spécialistes du sauvetage-déblaiement, qu’ils ont apporté du matériel d’écoute perfectionné,...