Les suites des attentats sans précédent qui ont frappé les États-Unis vont impliquer des bouleversements dans la politique étrangère américaine, désormais entièrement mobilisée sur ce drame de dimension historique, estiment les analystes américains. Huit mois à peine après sa prise de fonctions et des débuts controversés sur la scène internationale, le président George W. Bush se retrouve confronté à un défi qui va marquer la suite de sa présidence aux yeux du monde. «Beaucoup de nos politiques vont être revues en profondeur. C’est un sujet transnational, il demande des réponses transnationales», souligne Frank Cilluffo, du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS). «Affronter les coupables va devenir la première priorité de la politique étrangère. Cela va définir cette politique. Tous les autres sujets seront secondaires», affirme pour sa part Shibley Telhamy, spécialiste de politique étrangère à l’Université du Maryland. Le président Bush et son secrétaire d’État Colin Powell multiplient les appels depuis le début de la crise auprès des principaux dirigeants internationaux, privilégiant les grandes institutions internationales dont le ralliement est capital : l’Onu, l’Otan, l’Union européenne et des pays-clés. M. Bush a appelé personnellement son homologue russe Vladimir Poutine, pays proche de l’Afghanistan, objet de toutes les suspicions pour la protection qu’il apporte au terroriste présumé Oussama Ben Laden. Malgré son lourd contentieux avec Washington sur le projet antimissile américain, la Russie a fait un geste sans précédent, et peut-être pas désintéressé, en s’associant à l’Otan jeudi pour apporter un soutien politique à d’éventuelles représailles américaines. Le président chinois Jiang Zemin, dont le pays entretient pourtant des relations houleuses avec la nouvelle Administration américaine, a lui aussi été appelé par M. Bush. M. Powell de son côté a multiplié les contacts avec les pays du Proche-Orient, dont la coopération est jugée décisive pour traquer les réseaux islamistes et remonter la filière des attentats. Bien que l’Administration s’en défende, le projet de défense antimissile, priorité absolue de M. Bush jusqu’à présent, apparaît moins pressant face aux risques d’un terrorisme classique, opérant avec des détournements d’avions. «Dans l’immédiat, ces attentats le relèguent au second plan», estime M. Cilluffo, même si à plus long terme la nécessité d’une protection contre les missiles devrait revenir sur le devant de la scène. Au Proche-Orient, le soutien traditionnel envers Israël pourrait bénéficier de l’émotion commune dans les deux pays face aux conséquences du terrorisme. «Dans le court terme cela pourrait se traduire par quelques gains pour Israël», Washington pouvant être tenté de laisser les coudées plus franches au Premier ministre Ariel Sharon dans la répression de l’intifada, relève M. Telhamy. Sur le moyen terme en revanche, «les États-Unis ont besoin d’alliances politiques et de coopération, particulièrement avec les pays arabes», s’ils veulent réellement éradiquer le fléau terroriste, affirme-t-il, en soulignant que cela implique un retour à un rôle équilibré dans le conflit israélo-palestinien. L’Administration Bush, marquée par une tendance «unilatéraliste», pourrait aussi se montrer plus soucieuse de coopération internationale. «C’est une occasion de nous impliquer sur le plan international de la manière la plus large», estime Frank Cilluffo. «La victoire dans cette guerre va exiger la volonté de modifier la façon dont l’Amérique considère le monde», écrivait pour sa part le Washington Post dans son éditorial de jeudi.
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