Deux des principales banques centrales de la planète, la Banque du Japon et la BCE, ont injecté massivement des capitaux mercredi à la suite de l’attaque terroriste aux États-Unis, afin de prévenir un manque de liquidités périlleux pour l’économie mondiale. Plusieurs banques centrales dont la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d’Angleterre, sentant monter la panique sur les marchés mardi après-midi, avaient très rapidement averti qu’elles se tenaient prêtes à débloquer exceptionnellement des liquidités si nécessaire. La Banque centrale nipponne a été la première à agir : elle a procédé mercredi à deux injections successives de mille milliards de yens chacune, soit environ 19 milliards de dollars US au total, un montant se rapprochant des sommes mobilisées lors de la panique financière au Japon à l’automne 1997. La BCE s’est, elle aussi, résolue mercredi matin à procéder à un prêt exceptionnel de 69 milliards d’euros aux banques de la zone euro. Ces opérations doivent éviter l’aggravation d’une situation tendue par la grande incertitude autour des conséquences politiques et économiques des attentats, mais aussi par la fermeture forcée du marché de capitaux américains, le plus important du monde. «On manquait vraiment de liquidités. Le marché américain est fermé et on a aussi assisté à des mouvements de panique», souligne Svenja Nehls-Obegi, économiste à Ixis Capital Markets. «C’est très psychologique. Si les banques centrales sont très présentes, c’est qu’elles ne pouvaient pas se permettre de ne pas l’être. Si elles n’avaient pas réagi, on risquait une crise systémique, un mouvement de panique qui s’auto-entretient», selon elle. Le président de la BCE, Wim Duisenberg, a expliqué que l’opération était destinée «à apaiser les tensions sur le marché» des capitaux, lors d’une audience devant le Parlement européen à Bruxelles. Les taux en vigueur sur les marchés monétaires au jour le jour avaient bondi à 5,15 % la nuit dernière, bien loin des 4,25 % du taux directeur de la BCE, qui sert de référence en Europe, a-t-il noté. Les fortes ventes d’actions observées mardi sur tous les marchés boursiers ont en effet contraint les banques à mettre de fortes sommes en cash à la disposition des détenteurs de titres désireux de transférer leurs fonds vers des investissements jugés plus sûrs et donc à emprunter bien davantage que d’habitude. «Cela a été la première préoccupation des courtiers ce matin, avec l’approvisionnement bloqué aux USA : y aura-t-il assez de liquidités ?», souligne Mme Nehls-Obegi. Et rien n’indique que cela soit terminé, souligne-t-elle. «Nous n’avons pas d’informations pour le moment sur la façon dont vont réagir les épargnants américains lorsque les banques et la Bourse locales rouvriront», remarque-t-elle. Les banques centrales devraient donc rester très présentes jusqu’à ce que la situation s’apaise, ce qui ne saurait arriver tant qu’on ignore qui est à l’origine des attentats. Mais les injections de liquidités, même si elles se poursuivent dans les prochains jours, ne constituent qu’un cataplasme. Les analystes s’attendent désormais à de nouvelles baisses de taux des deux côtés de l’Atlantique.
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